Et, de rayons nouveaux la tûˆte couronnûˋe,
Le grand astre des cieux, libre et resplendissant,
Guidait, au haut des airs, son char ûˋblouissant.
De ses plus verts gazons la terre ûˋtait parûˋe.
Le crocus au front dãor, lãhûˋpathique empourprûˋe,
Jetûˋs sur la verdure en bouquets ûˋclatants,
Embellissaient dûˋjû la robe du printemps.
Partout germaient, naissaient, et se hûÂtaient dãûˋclore
Les riantes tribus du royaume de Flore,
Lãhyacinthe qui sãouvre aux feux dãun soleil pur,
Et lãaimable pervenche aux pûˋtales dãazur,
Et lãhumble violette û lãhaleine embaumûˋe.
Mille arbres, des jardins parure accoutumûˋe,
Reprenant û la fois leurs vûˆtements de fleurs,
Semblaient rivaliser dãûˋclat et de couleurs.
Des oiseaux ranimûˋs les lûˋgû´res familles,
Ou suspendaient leurs nids aux dûÇmes des charmilles,
Ou, cachûˋs dans le sein des odorants buissons,
Faisaient retentir lãair de leurs douces chansons.
Le froment, jeune encor, sans craindre la faucille,
Se couronnait dûˋjû de son ûˋpi mobile,
Et, prenant dans la plaine un essor plus hardi,
Ondoyait û cûÇtûˋ du trû´fle reverdi.
La cerisaie en fleurs, par avril ranimûˋe,
Emplissait de parfums lãatmosphû´re embaumûˋe.
Et des dons du printemps les pommiers enrichis
BalanûÏaient leurs rameaux empourprûˋs ou blanchis.
***
Ohô ! comme alors, quittant le sein bruyant des villes,
On aimait û fouler les campagnes fertilesô !
Que les prûˋs ûˋtaient beauxô ! Que les yeux enchantûˋs
Erraient avec plaisir sur leurs fraûÛches beautûˋsô !
û lãaspect des trûˋsors que la terre dûˋploie,
Les laboureurs, comblûˋs dãespûˋrance et de joie,
Rûˋpûˋtaient û lãenvi que, depuis quarante ans,
Aucun dãeux nãavait vu de plus riche printemps.
Un soir, assis au seuil de lãantique chaumiû´re,
Mûˋril, vieux laboureur au front octogûˋnaire,
Reportant tour û tour son regard attendri
De ses belles moissons û son verger fleuri,
Contemplait du printemps les brillantes promesses,
Et de lãûˋtûˋ dûˋjû saluait les richesses.
ã Quatre-vingts fois, armûˋ de ses noirs aquilons,
Lãhiver a, disait-il, ravagûˋ nos vallonsô ;
Le printemps, ranimant leur verdure fanûˋe,
Quatre-vingts fois aussi renouvela lãannûˋe,
Depuis que, dirigeant le fer agriculteur,
Je me livre avec joie û lãart du laboureur.
Jãai vu dans mes enclos descendre lãabondanceô ;
La moisson a souvent passûˋ mon espûˋranceô ;
Mais jamais je nãai vu, sur nos fertiles bords,
Avril au mûˋtayer ouvrir tant de trûˋsors.
Ouiô ; nos labeurs encore auront leur rûˋcompenseô !
Je pourrai donc encor secourir lãindigence,
Je pourrai lãassister, quoique je sois bien vieux
Et que dãun pied je touche aux tombes des aû₤euxô !
Mais quels que soient les jours que me rûˋserve encore
La bontûˋ de ce Dieu que sans cesse jãimplore,
Je nãoublierai jamais les faveurs et les dons
Quãil verse en ce printemps sur nos jeunes moissons,
Et je mourrai content puisquãencor ma vieillesse
De nos champs une fois a revu la richesse.ô ô£
Il dit. Du lendemain il rû´gle les travaux,
Puis regagne sa couche et se livre au repos.
***
Mais du soir, tout û coup, les horizons rougissentô ;
Le ciel sãest colorûˋ, les airs se refroidissent,
Et lãûˋtoile du nord, quãun char glacûˋ conduit,
ûtincelle en tremblant sur le sein de la nuit.
Soudain lãûÂpre gelûˋe, aux piquantes haleines,
Frappe û la fois les prûˋs, les vergers et les plaines,
Et le froid aquilon, de son souffle acûˋrûˋ,
Poursuit dans les bosquets le printemps ûˋplorûˋ.
Cãen est faitô ! Une nuit dãhaleine empoisonnûˋe
A sûˋchûˋ dans sa fleur tout lãespoir de lãannûˋe.
Le mal se cache encor sous un voile incertainô ;
Mais quand lãaube eut blanchi les portes du matin,
Que son premier rayon ûˋclaira de ravagesô !
Tout du fougueux Borûˋe attestait les outrages.
Le fruit tendre et naissant, que septembre eû£t dorûˋ,
Par le souffle ennemi sãoffre dûˋcolorûˋ.
La vigne, autre espûˋrance, en proie û la froidure,
A du pampre hûÂtif vu mourir la verdure.
Lãûˋpi, dans ses tuyaux vainement ûˋlancûˋ,
Est frappûˋ par le givre, et retombe affaissûˋ.
Le pommier, que parait sa fleur prûˋmaturûˋe,
A vu tomber lãhonneur de sa tûˆte empourprûˋeô ;
Et, plus honteux encor, de ses bouquets flûˋtris
Lãarbre de Cûˋrasonte a pleurûˋ les dûˋbris.
***
û lãaspect du flûˋau, que de larmes coulû´rentô !
Mais quand le jour sãaccrut, les sanglots redoublû´rent,
Et les vieux laboureurs, au dûˋsespoir rûˋduits,
Se montraient, en pleurant, tant de trûˋsors dûˋtruits.
Mûˋril, non sans verser bien des larmes amû´res,
Du hameau ruinûˋ dûˋplora les misû´resô ;
Mais, dãune ûÂme chrûˋtienne, il soutint ses malheurs,
Et le malheur dãautrui seul lui coû£ta des pleurs.
Il disaitô : ô¨ô Puisquãun Dieu si bon, si tutûˋlaire,
A fait sur nos guûˋrets descendre sa colû´re,
De nos erreurs sans doute il ûˋtait mûˋcontent.
Amis, rûˋsignons-nous. Je lãavoû£rai pourtant,
Jãai regret û ces blûˋsô ; car plus dãun misûˋrable
Dans ma grange eû£t trouvûˋ la gerbe secourable.
Mais nos jours sont mûˆlûˋs dãamertume et de fiel,
Et lãon doit se soumettre aux volontûˋs du ciel.ô ô£
Extrait de:
ûtudes Poûˋtiques