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Je Vivais. mon Regard, comme un Peuple…

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Le poème ‘Je vivais…’ d’Anna de Noailles est une œuvre fascinante qui interroge les profondeurs de l’existence humaine. Publié au début du 20ᵉ siècle, cet écrit riche en émotions évoque la lutte entre la vitalité de la vie et la fatalité de la mort. De son regard poétique, Anna de Noailles capte les tumultes de l’âme face aux épreuves du temps et à la recherche de sens.
Je vivais.
Mon regard, comme un peuple d’abeilles,
Amenait à mon cœur le miel de l’univers.
Anxieuse, la nuit, quand toute âme sommeille,
Je dormais, l’esprit entr’ouvert !
La joie et le tourment, l’effort et l’agonie,
De leur même tumulte étourdissaient mes jours.
J’abordais sans vertige aux choses infinies,
Franchissant la mort par l’amour !
Vivante, et toujours plus vivante au sein des larmes,
Faisant de tous mes maux un exaltant emploi,
J’étais comme un guerrier transpercé par des armes,
Qui s’enivre du sang qu’il voit !
La justice, la paix, les moissons, les batailles,
Toute l’activité fougueuse des humains,
Contractait avec moi d’augustes fiançailles,
Et mettait son feu dans ma main.
Comme le prêtre en proie à de sublimes transes,
J’apercevais le monde à travers des flambeaux ;
Je possédais l’ardente et féconde ignorance,
Parfois, je parlais des tombeaux.
Je parlais des tombeaux, et ma voix abusée
Chantait le sol fécond, l’arbuste renaissant,
La nature immortelle, et sa force puisée
Au fond des gouffres languissants !
J’ignorais, je niais les robustes attaques
Que livrent aux humains le destin et le temps ;
Et quand le ciel du soir a la douceur opaque
Et triste des étangs,
Je cherchais à poursuivre à travers les espaces
Ces routes de l’esprit que prennent les regards,
Et, dans cet infini, mon âme, jamais lasse,
Traçait son sillon comme un char.
Tout m’était turbulence ou tristesse attentive ;
La mon faisait partie heureuse des vivants,
Dans ces sphères du rêve où mon âme inventive
S’enivrait d’azur et de vent !
Ainsi, sans rien connaître, ainsi, sans rien comprendre.
Maintenant l’univers comme sur un brasier,
Je contemplais la flamme et j’ignorais les cendres,
O nature ! que vous faisiez.
Je vivais, je disais les choses éphémères ;
Les siècles renaissaient dans mon verbe assuré,
Et, vaillante, en dépit d’un cœur désespéré,
Je marchais, en dansant, au bord des eaux amères.
A présent, sans détour, s’est présentée à moi
La vérité certaine, achevée, immobile ;
J’ai vu tes yeux fermés et tes lèvres stériles.
Ce jour est arrivé, je n’ai rien dit, je vois.
Je m’emplis d’une vaste et rude connaissance,
Que j’acquiers d’heure en heure, ainsi qu’un noir trésor
Qui me dispense une âpre et totale science :
Je sais que tu es mort…
À travers ce poème, Anna de Noailles nous pousse à réfléchir sur notre propre existence et notre rapport avec la mort. Nous vous invitons à explorer davantage ses œuvres pour mieux comprendre cette voix unique de la poésie française.

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