Le Chevalier des Ombres et la Lettre Évanouie
Au cœur d’un bois maudit, où les chênes millénaires
Étirent vers le ciel leurs bras noueux et sévères,
Un chevalier errant, égaré par le sort,
Marchait depuis l’aurore, habité par la mort.
Son armure, jadis étincelante et fière,
Portait les stigmates noirs des ans et de la guerre,
Et son regard perdu, tel un lac sans reflet,
Cherchait en vain un sens au destin incomplet.
La forêt, tisserande aux songes mensongers,
Ourdissait dans la brume un voile de dangers ;
Les feuilles murmuraient des secrets sans réponses,
Les racines semblaient vivre de passions sourdes.
Un silence pesant, où vibrait l’invisible,
Engloutissait ses pas dans son étre indicible.
Soudain, entre les troncs, une lueur pâlie
Guida son œil las vers une roche oubliée.
Là, sous un tertre froid que le lierre couronne,
Gisait un parchemin que les siècles courroucent.
D’une main tremblante, il saisit l’écrit vieilli,
Déchiffra les mots tracés d’un encre qui pâlit :
« Ô toi qui trouveras cette lettre envolée,
Si ton cœur bat encore d’une flamme troublée,
Sache qu’en ces lieux même, où la peur prend son vol,
J’attendis en pleurant l’écho de ton départ.
Mon amour, souviens-toi de la claire fontaine
Où nos deux voix mêlaient leurs chants à l’aubaine.
Tu promis de rentrer quand tomberait le soir,
Mais l’ombre a dévoré ton nom, ton souvenir.
Les saisons ont dansé leur ronde sans merci,
Et mes larmes, hélas ! n’ont point séché ici.
Je devins spectre errant, âme en peine et sans gloire,
Fantôme condamné à revivre l’histoire.
Ne cherche pas ma trace aux sentiers de jadis,
La forêt a scellé nos rêves interdits.
Fuis, ô mon bien-aimé, ce royaume de fièvres,
Où chaque arbre détient le pouvoir de tes lèvres.
Car l’illusion règne en maître sur ces bois,
Transformant les serments en éphémères voix.
Adieu… Que ton épée épargne ta faiblesse,
Et que ton cœur meurtri trouve enfin la sagesse. »
Le chevalier, frappé par cet adieu si tendre,
Sentit ses souvenirs en lui se répandre.
Il revit la fontaine, et son amour éteint,
Dont les yeux reflétaient les astres du matin.
Il comprit que ces lieux, hantés par leur jeunesse,
Gardaient captive une ombre en proie à la détresse.
« Ô pardon ! » cria-t-il vers les cimes bruissantes,
Mais les branches riaient, sinistres et puissantes.
Soudain, des voix légères, enlacées au vent noir,
Murmurèrent son nom, mêlé à un espoir.
Il courut, éperdu, vers ce chant familier,
Croyant saisir enfin un bonheur envolé.
À travers halliers, ronces et marais perfides,
Il poursuivit l’appel des ombres intrépides,
Jusqu’à ce qu’en un cercle où la lune pâlit,
Apparût une forme en robe de granit.
« Je suis celle qui pleure entre les souvenirs,
Dit-elle d’une voix où pleuvaient les soupirs.
Notre amour fut l’enjeu d’un sortilège obscur :
La forêt, en riant, nous offrit son futur.
Tu crus partir un jour pour quelque noble quête,
Mais le mensonge agile ourdit ta propre traîne.
Tes exploits, tes combats, tes titres fastueux…
Tout n’était que miroir brisé par les dieux vieux.
Reçois maintenant le prix de ton mirage :
Vois comme le temps m’a faite éternel outrage.
Je ne suis plus que l’ombre errante de moi-même,
Condamnée à hanter ce bois qui nous aime.
Pars ! Que ta route fuie à jamais ces confins,
Et que l’oubli t’épargne mes ultimes chagrins. »
Mais le guerrier, saisi d’une fureur divine,
Brandit son glaive nu vers les cieux qui déclinent :
« Non ! Je ne fuirai pas ce destin qui nous lie,
Même si l’univers conspire à nous trahir !
Si nos corps doivent choir sous les ronces amères,
Nos âmes s’en iront vers de meilleures sphères. »
Il voulut l’étreindre, embrasser ce passé,
Mais ses bras ne tinrent qu’un souffle glacé.
La vision s’éteignit en un sanglot de brume,
Tandis que résonnait un rire amer dans l’écume.
Seul, brisé, le héros tomba sur la rocaille,
Sentant monter en lui la nuit qui le travaille.
La lettre, maintenant poussière entre ses doigts,
Dansait avec le vent, légère, au fond des bois.
Il comprit trop tard que l’amour véritable
Ne peut vaincre les jeux d’un sort impitoyable.
La forêt, satisfaite, enroula son manteau
Autour du corps meurtri qui devint son arbrisseau.
Maintenant, quand la lune argente les ramures,
On dit qu’un couple erre, lié par ce murmure :
Lui, chevalier de deuil, elle, spectre d’amour,
Condamnés à revivre éternellement leur jour.
Leurs soupirs, mêlés aux feuillages qui tremblent,
Rappellent aux vivants que les illusions tremblent,
Et que nul ne peut fuir, même les cœurs vaillants,
Le théâtre cruel des leurres étincelants.
Étirent vers le ciel leurs bras noueux et sévères,
Un chevalier errant, égaré par le sort,
Marchait depuis l’aurore, habité par la mort.
Son armure, jadis étincelante et fière,
Portait les stigmates noirs des ans et de la guerre,
Et son regard perdu, tel un lac sans reflet,
Cherchait en vain un sens au destin incomplet.
La forêt, tisserande aux songes mensongers,
Ourdissait dans la brume un voile de dangers ;
Les feuilles murmuraient des secrets sans réponses,
Les racines semblaient vivre de passions sourdes.
Un silence pesant, où vibrait l’invisible,
Engloutissait ses pas dans son étre indicible.
Soudain, entre les troncs, une lueur pâlie
Guida son œil las vers une roche oubliée.
Là, sous un tertre froid que le lierre couronne,
Gisait un parchemin que les siècles courroucent.
D’une main tremblante, il saisit l’écrit vieilli,
Déchiffra les mots tracés d’un encre qui pâlit :
« Ô toi qui trouveras cette lettre envolée,
Si ton cœur bat encore d’une flamme troublée,
Sache qu’en ces lieux même, où la peur prend son vol,
J’attendis en pleurant l’écho de ton départ.
Mon amour, souviens-toi de la claire fontaine
Où nos deux voix mêlaient leurs chants à l’aubaine.
Tu promis de rentrer quand tomberait le soir,
Mais l’ombre a dévoré ton nom, ton souvenir.
Les saisons ont dansé leur ronde sans merci,
Et mes larmes, hélas ! n’ont point séché ici.
Je devins spectre errant, âme en peine et sans gloire,
Fantôme condamné à revivre l’histoire.
Ne cherche pas ma trace aux sentiers de jadis,
La forêt a scellé nos rêves interdits.
Fuis, ô mon bien-aimé, ce royaume de fièvres,
Où chaque arbre détient le pouvoir de tes lèvres.
Car l’illusion règne en maître sur ces bois,
Transformant les serments en éphémères voix.
Adieu… Que ton épée épargne ta faiblesse,
Et que ton cœur meurtri trouve enfin la sagesse. »
Le chevalier, frappé par cet adieu si tendre,
Sentit ses souvenirs en lui se répandre.
Il revit la fontaine, et son amour éteint,
Dont les yeux reflétaient les astres du matin.
Il comprit que ces lieux, hantés par leur jeunesse,
Gardaient captive une ombre en proie à la détresse.
« Ô pardon ! » cria-t-il vers les cimes bruissantes,
Mais les branches riaient, sinistres et puissantes.
Soudain, des voix légères, enlacées au vent noir,
Murmurèrent son nom, mêlé à un espoir.
Il courut, éperdu, vers ce chant familier,
Croyant saisir enfin un bonheur envolé.
À travers halliers, ronces et marais perfides,
Il poursuivit l’appel des ombres intrépides,
Jusqu’à ce qu’en un cercle où la lune pâlit,
Apparût une forme en robe de granit.
« Je suis celle qui pleure entre les souvenirs,
Dit-elle d’une voix où pleuvaient les soupirs.
Notre amour fut l’enjeu d’un sortilège obscur :
La forêt, en riant, nous offrit son futur.
Tu crus partir un jour pour quelque noble quête,
Mais le mensonge agile ourdit ta propre traîne.
Tes exploits, tes combats, tes titres fastueux…
Tout n’était que miroir brisé par les dieux vieux.
Reçois maintenant le prix de ton mirage :
Vois comme le temps m’a faite éternel outrage.
Je ne suis plus que l’ombre errante de moi-même,
Condamnée à hanter ce bois qui nous aime.
Pars ! Que ta route fuie à jamais ces confins,
Et que l’oubli t’épargne mes ultimes chagrins. »
Mais le guerrier, saisi d’une fureur divine,
Brandit son glaive nu vers les cieux qui déclinent :
« Non ! Je ne fuirai pas ce destin qui nous lie,
Même si l’univers conspire à nous trahir !
Si nos corps doivent choir sous les ronces amères,
Nos âmes s’en iront vers de meilleures sphères. »
Il voulut l’étreindre, embrasser ce passé,
Mais ses bras ne tinrent qu’un souffle glacé.
La vision s’éteignit en un sanglot de brume,
Tandis que résonnait un rire amer dans l’écume.
Seul, brisé, le héros tomba sur la rocaille,
Sentant monter en lui la nuit qui le travaille.
La lettre, maintenant poussière entre ses doigts,
Dansait avec le vent, légère, au fond des bois.
Il comprit trop tard que l’amour véritable
Ne peut vaincre les jeux d’un sort impitoyable.
La forêt, satisfaite, enroula son manteau
Autour du corps meurtri qui devint son arbrisseau.
Maintenant, quand la lune argente les ramures,
On dit qu’un couple erre, lié par ce murmure :
Lui, chevalier de deuil, elle, spectre d’amour,
Condamnés à revivre éternellement leur jour.
Leurs soupirs, mêlés aux feuillages qui tremblent,
Rappellent aux vivants que les illusions tremblent,
Et que nul ne peut fuir, même les cœurs vaillants,
Le théâtre cruel des leurres étincelants.
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