L’Acteur Masqué et le Temps Déguisé
Où l’ombre du passé se mêle aux murmures effacés,
Se dresse un être énigmatique, l’Acteur masqué,
Son visage voilé de mystère, son âme enserrée
Dans le voile épais d’un destin qui se perd,
Comme le temps qui déguise tout, impitoyable et austère.
Sous les lueurs vacillantes d’un lustre défaillant,
Dans un écrin jadis grandiose, aujourd’hui mourant,
L’Acteur masqué arpente les allées d’un décor fané,
Où jadis les applaudissements avaient éveillé
Les plus sublimes émotions, les rêves d’un art enivrant,
Mais aujourd’hui n’est plus que poussière et regrets pesants.
Il se souvient d’un jour, d’un éclat de mémoire,
Où les planches résonnaient d’un verbe illusoire,
Où chaque geste, chaque mot, portait en son sein
La promesse d’un instant d’éternité pour le commun des humains.
Pourtant, le temps, ce voleur masqué, habile et cruel,
A drapé de mensonges la vérité auprès du ciel.
« Ô Temps, dit-il, toi qui sculpte les ombres et les masques,
Pourquoi défigurer mon esprit, pourquoi user tes fasques ?
Ai-je, en suivant ce sentier, foulé l’arène des rêves,
Où l’illusion se mêle au réel et le destin se crève ? »
Ces mots, susurrés dans un murmure à peine audible,
Résonnent dans le vaste auditorium, d’une voix indicible.
Le décor, témoin des faits passés, s’anime en écho,
Les colonnes fissurées chuchotent l’histoire, là, tout là-haut,
Les rideaux déchirés semblent vouloir conter
Les fastes d’un temps jadis, oubliant de s’exalter.
Mais l’Acteur masqué, dans sa quête de vérité, éprouve
La cruauté d’un destin qui toujours se redresse et se loue.
Au cœur de ce théâtre antique naît une allégorie
Sur le temps qui, d’un voile insidieux, change et trahit l’histoire,
Dans chaque recoin se cache une métaphore infinie,
Rappelant que rien – ni la splendeur, ni l’amour, ni la vie –
Ne saurait échapper aux griffes d’un temps implacable,
Qui dissimule dans ses plis la vérité inestimable.
Dans un dialogue feutré avec l’ombre de ses souvenirs,
L’Acteur masqué évoque les répliques d’un passé à venir,
« Jadis, quand mes gestes avaient l’éclat d’une lumière pure,
Je faisais revivre en ces murs d’or une beauté si sûre.
Mais le temps, en artiste aux pinceaux de fardeaux usés,
A repeint ma destinée d’un goût amer et de regrets gâchés. »
Ces vers, empreints de mélancolie et de fatalité,
S’entrelacent à l’ombre d’un destin que nul ne peut échapper.
La scène se fait théâtre d’une rencontre inattendue,
Un compagnon d’ombre, une voix, par le hasard émue,
Un vieux spectateur, visage marqué par mille hivers,
S’approche, chuchotant des mots à la cadence légère :
« Mon cher Acteur, tes pas résonnent avec tristesse,
Et dans ton regard luit la flamme de ta détresse.
Sache que le temps, bien qu’implacable, offre un ultime baiser
Avant d’effacer l’empreinte de nos vies si fragiles, si désolées. »
Et le dialogue, niché entre éclats de rire et larmes furtives,
Devint l’hymne a la condition humaine et aux échos fugitifs.
Les échos de l’entretien se mêlent aux soupirs du bâtiment,
Telle la cendre d’un feu mourant emportant ses sentiments,
En chaque pierre se grave la marque d’un destin scellé,
Où l’espoir d’un renouveau semble toujours être annulé.
Au détour d’un corridor, les réminiscences s’effacent
Sous l’emprise du Temps, qui, masquant l’essence, se prélasse
Dans l’ombre de l’Acteur masqué – ce funeste personnage,
Dont le cœur se débat, prisonnier d’une éternelle cage.
Sous le grand dais du plafond, suspendu aux regrets passés,
Les voix du public d’antan viennent hanter l’obscurité;
Les applaudissements fanés se transforment en lamentations,
Tandis que l’Acteur masqué, seul, affronte son sort, condamné
À errer dans ces murs où le temps se rit de sa peine,
À revêtir le masque d’un héros aux âmes incertaines,
Où chaque réplique est une note d’un requiem inachevé,
Et chaque geste une lutte contre l’oubli inéluctable et scellé.
Alors que la scène s’orne de ténèbres où le destin se plie,
L’Acteur masqué, en un monologue vibrant, confie sa vie :
« Vois-tu, noble décor, compagnon de mes heures solitaires,
Combien le temps, ce peintre cruel, a refait mes frontières ?
Il a camouflé mes joies, transformé l’éclat en douleur,
Fait de mon existence une pièce, marquée par la froide ardeur
D’un destin sans issue, où l’espoir se dissout comme un songe,
Où la fatalité se déploie, et chaque rêve succombe. »
Ses paroles, emplies d’une tristesse infinie, s’élèvent
Dans le vaste théâtre, où seul demeure l’écho de son élève.
Le rideau, fatigué, se laisse tomber en un ultime soupir,
Tels des regrets suspendus, ou l’ombre d’un avenir
Qu’on aurait pu imaginer différent, empli d’une lumière divine,
Mais qui se dissipe sous la morsure d’un temps qu’on opprime.
Les sièges vides pleurent en silence la perte des applaudissements,
Et le décor délabré s’incline devant le destin en tourment,
Tandis que l’Acteur masqué, en un geste final empreint d’amertume,
S’efforce de revêtir, une dernière fois, l’illusion qui l’enfume.
Dans un ultime acte, où le destin se joue avec l’irrémédiable,
Le mascaradeur déploie ses lamentations, tristes et inévitables,
« Ô Temps, dissimulateur de tout, toi qui enveloppes en secret
Chaque sourire, chaque larme, transformant la vie en un regret,
Fais-moi connaître, dans mes derniers instants, l’essence de mon être,
Même si le voile que tu étends ne permet d’y voir qu’un déclin funèbre. »
Ainsi se délite le murmure d’un héros, jadis glorieux et féru,
Devant le temps qui déguise tout, et dont le pinceau cruel
Efface l’éclat enivrant, le sourire qui jadis illuminait son œil.
Les ombres se referment alors sur lui, comme un rideau qui se ferme,
Et l’Acteur masqué, isolé dans ce théâtre aux heures d’ombre,
S’en va, emportant sur ses épaules le fardeau d’une vie en exil,
Laissant derrière lui les vestiges d’un rêve fragile, vacillant
Sous la lueur d’un souvenir trop vite consumé par l’effroi
De l’implacable temps qui, sans pitié, éteint toute émoi.
Le décor, mourant, se tait face à la tragédie qui s’achève,
Et l’Acteur masqué disparaît, laissant dans le vent la trame brève.
Le temps lui-même semble s’être arrêté, fasciné par tant de douleur,
Observant, tel un juge silencieux, le parcours d’un cœur en mal d’ardeur.
Chaque grain de poussière dans l’air se fait le messager des ans…
Un scripteur invisible, qui grave dans le marbre des instants
L’allégorie saisissante d’un passage où tout se laisse effacer –
Le sourire, le regard, le souvenir de l’acte tant aimé,
Transformés en images fugaces, dans l’écrin de l’oubli,
Où le masque de l’Acteur reflète l’ultime mélancolie.
Dans cette nuit interminable, où les étoiles se font timides,
Les murs décrépis du théâtre portent l’empreinte douloureuse
Des instants passés, des passions éteintes, des amours impossibles,
Témoins muets d’un destin marqué par des tourments silencieux,
Un destin où l’illusion se brise, se mêle à la fatalité annoncée,
Et où le temps, ce grand illusionniste, vient sans cesse tout masquer.
L’Acteur masqué, fatigué, contemple le vide avec résignation,
Conscient que sa vie s’inscrit dans une farce d’une sombre rébellion.
Il entend alors, dans le vent qui traverse les couloirs délabrés,
Les échos d’une réplique oubliée, à jamais enlacée
Dans un murmure d’éternité, symbolisant l’essence du temps,
Ce coureur inexorable dans la nuit, inlassablement,
Celui qui déguise, avec une main ferme et sans appel,
Les visages et les destins, où rien ne subsiste, tout chancelle.
Les instants s’effacent, implacables, dans un ballet funèbre et grave,
Et l’âme de l’Acteur se fond dans cette époque, si âpre et si suave.
Alors qu’il se détourne, le masque glisse, dévoilant l’âme meurtrie,
Ce visage empreint d’un chagrin que nul ne peut assagir,
Et en lui résonne le pacte silencieux de l’existence cruelle:
Accepter que le temps, même le plus tendre, se fasse rebelle,
Transformant en poussière les espoirs, perçant en morceaux les rêves,
Jusqu’à ce qu’enfin l’ombre du destin, implacable, se lève
Pour rappeler à chacun que, dans le théâtre de l’humain,
Le drame et la fatalité gardent comme seul refrain.
L’Acteur masqué, au crépuscule d’un jour sans retour,
Recueille, dans son cœur, l’amertume d’un inévitable séjour.
Ses pas résonnent dans le silence d’un lieu désormais désert,
Où chaque pierre, chaque recoin, témoigne d’un passé offert
En sacrifice aux aléas du temps, implacable décorateur,
Qui revêt d’illusion la vie, pour mieux la briser en douceur.
« Puisse le temps abîmer ce théâtre et mes espoirs fanés,
Car en lui se trouve la loi implacable de mes destinées. »
Telle est la voix brisée de l’Acteur, l’écho d’une âme en dérive,
Errant sur une scène vide, où seul le chagrin s’esquive.
Au crépuscule final, quand les derniers feux se sont éteints,
Les souvenirs des applaudissements s’offrent en adieux pleins
De tristesse, laissant le théâtre en proie à son silence mortel,
Telle la crypte d’un grand rêve qui se meurt, irréel.
La scène, jadis embrasée d’amour, de passion et d’espoir,
N’est plus qu’un vestige d’un temps qui n’avait pu se voir,
Guidé par l’implacable destin, scellé par un pacte inévitable
Avec le temps qui, tel un voleur de vies, demeure insaisissable.
Et alors que la nuit recouvre d’un voile sombre les lieux,
L’Acteur masqué, seul et las, contemple sa vie en adieux.
Il se rappelle, en un ultime soupir, la splendeur révolue
D’un temps où l’art et l’âme s’entremêlaient en une vertu,
Avant que le temps, cruel maître, n’efface avec froideur
Chaque trace de beauté, chaque fragment de bonheur.
Un frisson parcourt son être, comme l’ultime réminiscence,
De ces instants précieux désormais engloutis par l’indolence.
Dans l’obscurité, le théâtre se fait monastère d’un passé
Où l’illusion s’est faite reine, et le destin son héraut lassé.
Une dernière lueur tremblante, dans un coin de la scène abandonnée,
Suscite un éclat de tristesse, comme si les âmes défunts,
Elles mêmes, pleuraient en silence l’extinction du temps bénit,
Qui avait jadis paré de lumière les rêves inassouvis.
Mais aujourd’hui, tout n’est plus que désolation et mélancolie,
Témoignant que l’Acteur masqué n’est qu’une ombre, en une triste hérésie.
Ainsi se conclut cette fresque de douleur et de fatalité,
Où l’Acteur masqué, prisonnier d’un destin à jamais altéré,
S’efface dans le crépuscule, emporté par le flot implacable
D’un temps qui, de ses doigts invisibles, demeure intarissable.
Chaque battement de son cœur résonne comme un adieu
À une vie jadis éclatante, aujourd’hui perdue dans les cieux
D’un décor en ruine, témoin muet d’un drame inexorable,
Où même la lumière succombe à la fatalité, inévitable.
Dans le silence ultime d’un théâtre désormais déserté,
Se mêlent les cris du passé et l’écho d’une âme blessée,
Telle est la triste légende d’un homme, masqué par son sort,
Dont la quête d’identité se brisa face au temps et à l’effort
De cacher, derrière un voile, les fissures d’un être éteint.
Le rideau tombe enfin, et dans l’ombre d’un dernier chemin,
La tristesse infinie enveloppe le cœur de l’Acteur,
Tel un adieu désespéré à l’art, à la vie et à sa splendeur.
Là, dans l’obscurité enveloppante, l’allégorie se révèle:
Le temps, ce maître des apparences, déguise et efface le réel.
Il métamorphose chaque instant, altérant la vérité en douceur,
Jusqu’à ce que toute vie ne soit plus qu’un pâle écho de douleur.
Emportant les vestiges d’un passé glorieux et d’un espoir immortel,
Il laisse l’Acteur masqué, tel un souvenir cruel et réel,
Naviguer, naufragé dans un océan de lamentations,
Sur les planches usées d’un théâtre éteint, prisonnier de ses passions.
Et c’est dans cette triste finalité, dans le repli d’un destin fatal
Qu’achève sa marche l’Acteur masqué, dans un ultime murmure spectral.
La scène, désormais figée dans le temps, retient l’image d’un héros
Qui, malgré la splendeur d’antan, a succombé aux affres, aux maux
D’un destin impitoyable, où l’absence de renouveau
S’inscrit en lettres de tristesse sur les murs de l’âme et des mots.
Le voile se referme, et l’ombre de l’Acteur s’efface dans l’obscurité,
Laisse en héritage la mélancolie d’un temps qui ne reviendra jamais.
Ainsi se termine notre fable, dans un soupir de désolation,
Où l’Acteur masqué, figure tragique, emporte avec lui sa passion,
Pour ne laisser derrière lui qu’un théâtre aux décors fanés,
Et l’écho amer d’une existence par le temps à jamais altérée.
Le rideau final se baisse, sans espoir d’un nouveau lever de rideau,
Laissant l’ombre du passé hanter à jamais le cœur des lieux,
Où le temps, impitoyable sculpteur, a défiguré l’âme et l’homme,
Et peint en tristesse éternelle la condition humaine en un triste poème.