Utilisation des poèmes : Tous les poèmes de unpoeme.fr sont libres de droits et 100% uniques "sauf catégorie poésie classique" .
Vous pouvez les utiliser pour vos projets, écoles, affichages, etc., en mentionnant simplement notre site.
⚠️ Les poèmes soumis par nos lecteurs qui souhaitent en limiter l'usage auront une mention spécifique à la fin. En l’absence de cette mention, considérez-les comme libres de droits pour votre usage personnel ou professionnel.
Profitez-en !
Le Prieure de la Grange ou le Toit d’Adoption
Dans ‘Le Prieure de la Grange ou le Toit d’Adoption’, Léopold Dardy nous plonge dans une ode à la solitude et à la beauté sauvage d’un prieuré oublié. Écrite au XIXe siècle, cette œuvre résonne par sa mélancolie et sa quête spirituelle, révélant un sanctuaire où la nature et la foi se rencontrent. Le poème invite le lecteur à explorer un lieu où l’harmonie règne, loin des tumultes du monde extérieur.
Au sein d’une profonde et douce solitude Ou du monde jamais ne passe le courant, Il est une oasis d’une aimable quiétude Quand on renonce à tout comme un pauvre mourant. Là, jamais nul ennui dans ce lointain du monde! Là, nul autre passant que l’oiseau voyageur, Si ce n’est, en hiver, la meute furibonde Qu’entraînent la fanfare et les cris du chasseur. Au printemps on y voit aussi les tourterelles, La huppe, le courlis, le bouvreuil ; Le rossignol y vient avec les hirondelles Retrouver les palombes auprès de l’écureuil. Alors ce lieu désert se remplit d’harmonie: Nuit et jour le buisson ne cesse de chanter, Et, quand la voix se tait, il semble qu’un génie Soupire au rossignol ce qu’il doit répéter. Mais à cette douceur se mêle aussi l’ivresse Des parfums dont le sol exhale la senteur; Quand la brise en passant d’un souffle vous caresse, Elle est plus douce encor que la voix du chanteur. Si l’ange de la nuit met tant de poésie Sur un sol ignoré que dérobent les bois, Par le ciel étoilé l’âme est bien plus saisie Lorsqu’elle admire en Dieu ses ineffables lois. Quand les planètes d’or, Mars, Jupiter, Saturne, Vénus dont les païens faisaient autant de Dieux Baillent sur les forêts le silence nocturne Est ravi de régner sous le ciel radieux. Les Gémeaux, Orion, le Cancer, les Hyades, Par le lion pressé entraînent le Taureau; Méduse devant eux provoque les Pléïades, Tandis que les Poissons nagent vers le Verseau. Quand paraît Sirius, c’est l’heure de l’extase: Les sources à l’envie lui découvrent leur sein, Et dans le fond du ciel où la poursuit Pégase La jalouse Wega semble fuir à dessein. Si le ciel menaçant roule ses noirs nuages, Si le tonnerre gronde au plus profond des bois, La forêt semble alors pressentir les outrages Et prend contre le ciel ses plus grondantes voix. C’est l’heure où l’ouragan déchaîné sur les cimes Les roule furieux comme il faisait les eaux : Les vieux pins invités se lamentent, victimes, Et cèdent sous le vent comme d’humbles roseaux. L’esprit de l’homme en vain s’efforcerait de peindre Les sublimes échos des grandes voix de Dieu Redoutables partout, à bénir et à craindre, Dans les bois, sur les eaux, à l’ombre du saint lieu. Or, sur le sol béni de cette solitude Où rayonne l’étoile, où s’égare le vent, Autrefois des amis réunis pour l’étude Vivaient sous un abri qui devint un couvent, Puis un toit élevé des murailles fortes Remplaça l’humble abri des amis plus nombreux ; On donne plus de jour et de solides portes Desservirent l’enclos sur un sol plantureux. Enfin, dans la chapelle où chaque jour les anges Adoraient l’humble hostie offerte sur l’autel, Des fils de saint Norbert chantèrent les louanges De l’Éternel Amour, notre Pain immortel. A l’ombre de ce cloître et de cette chapelle Où les religieux travaillaient en priant, Des pauvres, les petits que le Sauveur appelle S’approchèrent un jour du groupe édifiant. Le sol fut travaillé, les âmes s’éclairèrent, L’Évangile d’amour pénétra des les cœurs, Le désert tressaillit, les pauvres espérèrent Et du mal les élus demeurèrent vainqueurs. Liberté! Liberté! Tu n’étais pas encore Un piège par la loi mis aux mains des préfets! On pouvait dans les bois pour le Dieu qu’on adore Vivre en communauté sans craindre les décrets. Dans son obscurité la Grange eut une gloire Qu’il ne faut pas laisser au tombeau de l’oubli: Henri IV y venait avant que la victoire L’eut sacré le Bon Roi, mais trop loin établi. Quelque démon jaloux de cette paix des âmes Un jour contre La Grange attira les routiers : Et son toit s’abîmait à peine dans les flammes Que l’herbe de l’oubli couvrait ses doux sentiers. Toujours Dieu permettra pour les siens que l’épreuve, En les rendant plus forts, les rende aussi plus purs; Car la vie éprouvée est comme l’eau d’un fleuve Contrainte dans son lit par la digue des murs. Mais comme l’hirondelle après un incendie Revient au toit brûlé se confier encor Ou comme l’alcyon, malgré leur perfidie Toujours vers les écueils reprit son essor. Tels les religieux, dispersés par l’orage, Revinrent confiants après qu’il fut passé, Relevèrent les murs, réparèrent l’outrage, Riches du seul mérite en ces lieux amassé. Quelques siècles après les mêmes jours sinistres Aux vils hommes de proie, ennemis des couvents, Livraient pour l’échafaud l’Église et ses ministres: Que de fois on nous fit ces récits émouvants. Les jours d’apaisement à se lever tardèrent; Des châtiments affreux contre tous ces forfaits Sur la France depuis si longtemps débordèrent Qu’on eut dit de l’Enfer les implacables traits. Le lendemain du jour qui vit cette ruine L’enclos du prieuré se vendait à l’encan; Pour ses religieux s’armait la guillotine Quand ses murs calcinés rappelaient un volcan. Et plus on ne revit les hommes de prière! Le martyre et l’exil les portèrent à Dieu… Et dans le prieuré depuis, aux meurtrières, Le hibou gémissait sur les malheurs du lieu. Cette ruine en était à son treizième lustre Quand j’eus de la trouver l’inespéré bonheur; Mais seule la chapelle intéressait, illustre Comme un héros vaincu, fier de sauver l’honneur. Elle n’avait pourtant qu’une chape de lierre Dont les rameaux touffus, sur sa voûte pressés, Avec les eaux du ciel faisaient de chaque pierre Une source de fleurs sur les dalles versées. De la voûte la pluie arrivait sur les fresques Dont la figure en deuil me semblait murmurer: « Ne verrons-nous jamais briller nos arabesques L’abandon du saint lieu doit-il toujours durer?» « Relève cet autel, éclaire ces fenêtres, « A cette voûte en pleurs donne un pieux abri! Prêtre, rends la chapelle où dorment tant de prêtres! Au Dieu qui pour l’avoir nous fait pousser ce cri!» Profondément ému par ces larmes des choses, Je reposai mes yeux sur un beau ciel d’été Où passaient lentement de doux nuages roses Qui me parlaient de Dieu sur cette impiété. Car Dieu partout a mis pour l’homme l’espérance! S’il permet que la vie ait avec tant de fiel La trahison, l’erreur, le mal et l’ignorance, C’est pour nous obliger à regarder le ciel. Je rêvai longuement sous les voûtes funèbres, J’évoquai les esprits des morts humiliés: Car les âmes, dit-on, viennent dans les ténèbres Errer sur les tombeaux de leurs corps oubliés. Il me semble donc voir des Prémontrés les âmes S’intéresser encor à ces sillons obscurs: Elles disaient: «Quand à tant de jours infâmes Succéderont des jours pacifiques et purs?». Et des pleurs de la voûte abondamment coulèrent Quand j’entendis des morts un long gémissement; Mon cœur battit rapide et mes genoux tremblèrent Jusqu’à me prosterner de ce saisissement. Et quelques temps après je rachetai La Grange Je lui portai mes jours, mes rêves, mes espoirs, Mon vœu de la garder et d’être son bon ange… Et tout mon cœur est là comme tout mon devoir!. Jésus ne quitte plus l’ineffable chapelle; Le même toit abrite et l’autel et mon nid; Et loin d’avoir mis là trop de luxe, Mon zèle est moindre que l’outrage envers ce lieu béni. Le sol a retrouvé sa primitive sève. Que de fleurs! Que de ciel et de liberté! Au printemps de ces bois quel cantique s’élève? Quels parfums! Quelles voix! Quelle félicité! Quand l’ombre des forêts s’endort sur les prairies, Quand les troupeaux repus, en savourant le soir, Ruminent assoupis de douces rêveries, Semblent embaumer l’air d’un parfum d’encensoir. De ses créneaux altiers la couronne de pierre De la Grange n’a pas encor paré le front; Mais son fidèle ami, le charitable lierre Le couvre de ramures qu’aucun ciseau ne tond. Et dans le prieuré plus de traces pénibles! La chapelle et les murs reliques du grand art Chantent le Dieu d’amour et le gardent paisibles, Car le passé leur dit ce qui sera plus tard. Comme en ses heureux jours, la Grange peut encore Bénir Dieu de compter parmi ses vrais bonheurs Des amis dont le cœur depuis longtemps l’honore, Et réjouit souvent son désert et ses fleurs. Car l’amitié pour l’homme est une poésie Qui verse dans son âme un des baumes du ciel; Elle est plus que le sang… peut être l’ambroisie Que les païens disaient un breuvage immortel. Être oubliés, petits, sur la terre, qu’importe? Quand le toit de La Grange, avec de vrais amis Près de Dieu nous abrite, est-ce qu’alors sa porte N’est pas un peu, pour nous, celle du paradis?
En conclusion, ‘Le Prieure de la Grange’ de Léopold Dardy est une célébration de la paix intérieure et des liens spirituels. Ce poème offre un regard émouvant sur la beauté de la nature et l’espoir d’un héritage durable. N’hésitez pas à découvrir davantage d’œuvres de cet auteur fascinant ou à partager vos réflexions sur ses écrits.