Le Songe de l’Éternel Errant
Sur la crête froide, où le vent murmure
Des légendes d’un autre temps et d’un autre rêve,
Le chevalier errant, en quête d’une vérité fugace,
S’élance vers la montagne aux neiges éternelles.
Il porte en son cœur le poids d’un passé évanoui,
Où jadis, sous le ciel d’azur et d’espérance,
Il avait connu l’amour et la liesse d’une vie embellie,
Avant que le destin ne l’exile en quête d’un idéal.
Dans le silence blanc et l’immensité glacée,
Ses pas résonnent en échos traîtres sur la pierre,
Chaque foulée éveille des souvenirs âpres,
Des jours où le rêve se confondait à la réalité.
Le chemin s’étire devant lui, sinueux, incertain,
Comme un fil ténu tissé entre l’ombre et l’aurore ;
Lui, noble errant aux yeux emplis d’un chagrin indicible,
Traverse les limbes d’un univers en perpétuelle métamorphose.
Sous la voûte du ciel morne, où l’astre se fait complice,
Il se souvient des heures d’ambroisie et de grâce,
Quand, au détour d’un sentier fleuri de silence,
Un murmure d’espérance l’avait pris en sa sacoche.
« Ô rêve, toi qui fuis dans l’abîme des songes,
Accorde-moi l’éclat d’une vision sublime,
Que le voile ténu entre terre et illusion se rompe,
Que renaisse en mon cœur l’éclair de ce qui fut intime. »
Et dans le frisson d’un vent glacial, la parole s’envole,
Résonnant comme une prière en des échos lointains,
Tandis que son âme, en proie à l’incertain,
Demeure captive des fables d’un bonheur dérobé.
Le voyage se fait long, et la neige, complice impassible,
Revêt pour le sol un manteau de silence et de givre ;
Chaque pas sur cette plaine nimbée de mystère,
Est une ode funèbre à la réalité qui se déchire.
Sur la montagne, des ombres dansent, tantôt vives, tantôt feutrées,
Telles les illusions d’un passé jadis radieux,
Les reflets d’un rêve s’évanouissent, se dissipent en fumée,
Laissant le chevalier orphelin d’un destin malheureux.
Au détour d’un col, une silhouette se dessine,
L’image d’un ancien compagnon aux traits adoucis,
Ou peut-être n’était-ce qu’un écho de sa conscience,
Portant l’empreinte d’un souvenir qui à jamais subsiste.
Lui parle-t-on en silence ou en murmures envoûtants,
« Noble voyageur, aux confins de l’imaginaire,
N’as-tu point entendu le chant de la vérité,
Qui s’élève, fragile, entre le rêve et le réel ? »
Le chevalier, l’âme égarée, répond à l’ombre,
« Ô spectre du passé, guide-mémoire de mes errances,
Je cherche la frontière où se fondent mes illusions et mes peines,
Là où le rêve s’efface sous le joug de l’indicible réalité. »
Son regard se perd parmi les monts, embrumés par le temps,
Le corps meurtri par les rigueurs de ce périple infini ;
Mais l’esprit, quant à lui, se dresse en quête d’un miracle,
D’une lueur, d’un signe, d’une étoile qui le ramènerait à lui.
La neige, d’un blanc immaculé, imite un velours mourant,
Tandis que le ciel se noie dans les teintes d’un crépuscule frissonnant,
Chaque flocon raconte l’histoire des âmes esseulées
Qui, dans le silence des monts, se sont unies pour ne jamais oublier.
Là, sur l’altier sommet, se dresse un miroir de glace,
Révélant la vérité des rêves et des chimères déchues,
Le chevalier contemple son reflet, pauvre et meurtri,
Et y discerne l’image d’un homme aux illusions confondues.
Dans ce vernis fragile se cache la douleur d’un destin scellé,
Chaque ride, chaque coup d’éclat, narre les épreuves d’une vie en suspens,
Où le rêve s’est heurté au tranchant d’une réalité impitoyable,
Lui brisant l’âme, faisant vibrer l’écho d’un rêve condamné.
Au cœur de cette montagne, le temps semble s’être arrêté,
Suspendu entre l’envie d’un demain radieux et le regret d’un hier enfui,
Les voix du vent se font tendres et cruelles à la fois,
Telle une berceuse funeste glissant dans l’obscurité de l’oubli.
« Est-il vrai, murmure-t-il dans un souffle égaré,
Que nos rêves, si purs, ne sauraient à eux seuls exister
Sans le fardeau inéluctable d’un monde où la réalité
Se joue des attraits de notre tendre fidélité ? »
Ces mots, portés par le vent, se muent en une complainte,
Un chant mélancolique, une lamentation qui berce et consume,
Le cœur du chevalier se serre dans l’étau du destin,
Et le temps, inéluctable, sculpte la tragédie au fil de l’enclume.
Le soir descend et, dans le halo mourant de la lumière,
L’errant se retrouve face à l’abîme d’un choix douloureux :
S’abandonner aux songes d’un rêve irréel,
Ou accepter la froide morsure d’une réalité sans répit.
Sa voix s’élève, haletante et emplie d’une gravité sépulcrale,
« Ô destin, implacable et souverain,
Ne m’accable pas, en ce lieu de promesses délavées,
De l’amertume d’un rêve qui se dissipe sous l’ombre du réel. »
Mais la montagne, ancienne confidente des âmes esseulées,
Répond d’un silence glacé, d’un murmure de vent fatal,
Et les échos du passé se font litanie de l’inévitable,
Tissant peu à peu le linceul de la tragédie finale.
Dans l’étendue blanche, le chevalier, las et solitaire,
Poursuit encore sa marche, entre ombre et lumière,
Chaque pas une prière, un adieu aux chimères envolées,
Chantant la mélancolie d’un rêve que nul ne peut capturer.
Ses yeux, jadis étincelants de la flamme d’un idéal,
Sont désormais ternis par les effluves d’un hiver sans fin,
Et dans l’écho d’un soupir, porteur de regrets infinis,
Il révèle le secret douloureux de son âme exilée :
« La frontière entre le rêve et la réalité,
Se dissout dans le flot irrésolu du temps,
Et même si mon cœur s’accroche aux fragments d’un rêve,
Le destin, implacable, me condamne à un chemin funeste. »
Les cimes se parent de reflets d’argent, comme témoins des errances,
Là, dans l’horizon d’un monde où la beauté se meurt,
Le chevalier rencontre enfin le reflet de sa propre destinée,
Un précipice béant où l’espoir se fond en un dernier adieu.
Face à l’abîme, il s’arrête, le regard perdu dans l’infini,
Son esprit divague entre l’aurore d’un passé éblouissant
Et l’obscurité glacée d’un présent qui se délite,
Un combat intérieur, une lutte où se mêlent rêve et réalité.
Dans un ultime murmure, il se confie aux vents qui caressent les neiges,
« Adieu, doux rêve, compagnon de mes jours égarés,
C’est ici que s’achève mon errance, que se consume mon âme,
Entre l’illusion d’un monde meilleur et la rigueur du réel. »
Et dans ce moment suspendu, où le destin se fait écrin,
La montagne s’ouvre en une fissure de lumière funeste,
Emportant avec elle le corps noble du chevalier,
Qui s’abandonne, tel un papillon aux ailes brisées, à l’étreinte du néant.
Là, sur le seuil de l’éternel oubli, l’homme et le rêve s’unissent,
Fusion tragique d’une vie éphémère et d’un songe consumé,
Le cœur battant encore, mais condamné à ne plus renaître,
Laissant derrière lui une empreinte de mélancolie éternelle.
Ainsi se conclut le voyage de l’errant aux pas solitaires,
Dont l’âme, en quête d’un mirage, a trouvé son ultime refuge,
Une tragédie silencieuse, une symphonie de larmes et d’ombre,
Où l’éphémère beauté du rêve se meurt devant l’inexorable réalité.
Au firmament de l’oubli, le souvenir de cet homme s’élève,
Comme une étoile vacillante dans le ciel d’un monde en déclin,
Et le vent, messager des temps révolus, se fait l’écho d’un adieu,
Résonnant dans l’éternité, tel le chant funeste d’un destin couronné de tristesse.
Le chevalier, désormais légende des neiges et de l’hiver,
Vit dans l’âme de ceux qui osent rêver au-delà du réel,
Sa quête, imprégnée de la beauté terrible d’un rêve déchu,
Rappelle à chacun que l’exil du cœur est l’ultime tribut de la vie.
Dans ce théâtre de glace et d’ombres, le rêve et la réalité se confondent,
Et le sentier, tracé par les larmes d’un passé indélébile,
Murmure sans fin l’histoire d’un homme qui, en quête de lumière,
S’est perdu dans les méandres d’un destin inévitablement tragique.
Tel est le songe de l’éternel errant, récit poignante d’une âme en périple,
Où la splendeur du rêve se fond dans la rudesse d’un monde implacable,
Et où, sur la montagne des regrets, la fin se dessine –
Inévitable, déchirante, et d’une beauté tragiquement éphémère.
Adieu, noble errant, que ton destin résonne dans l’infini,
Comme la dernière note d’une complainte ancestrale,
Nous rappelant que, parfois, la quête de nos rêves
Se paie du prix amer que seul le chagrin saurait consoler.
Et dans le frisson final de cette nuit sans retour,
Le souvenir de ton âme se mêle aux échos des glaces,
Faisant vibrer le cœur des vivants, à jamais marqué
Par la douloureuse harmonie d’un rêve et d’une réalité consumée.
Ainsi s’achève l’odyssée du chevalier égaré,
Là où se confond la lumière d’un rêve céleste
Et l’ombre pesante d’une existence irrévocable,
Laissant en héritage aux vents, les murmures d’un destin tragique,
Où chaque flocon de neige pleure une larme d’éternité.
Que l’écho de ce songe demeure à jamais,
Une mélodie douce-amère, un adieu murmuré au crépuscule,
Et que l’on se souvienne du chemin parcouru –
D’un homme dont le cœur, en quête d’un rêve inassouvi,
S’est laissé emporter par le flot inexorable d’une fin inévitable.
Fin.