Échos d’un Crépuscule Muet
Seul siège une chambre au silence délicat,
Où s’étirent longuement les ombres d’argent pâle,
Et l’âme, errante, cherche un écho, une escale.
Sous la voûte ensommeillée aux volets étouffés,
Un soupir se meurt, un frisson abandonné,
Là où la poussière danse entre les trous du temps,
Se tient une quête, profonde, intime affrontement.
L’Âme, ainsi nommée, s’avance sans appui,
Fragile essence au bord de l’oubli, enfui,
Elle foule le parquet, vaste étendue de vide,
Cherchant dans l’air lourd toute harmonie candide.
Oh ! Chambre vide, confidente muette et glacée,
Ton cœur absent résonne en sourde inquiétude,
Dans ton creux se logent les soupirs égarés,
Chaque mur, chaque pas, renforce l’incertitude.
L’air s’épaissit soudain d’un silence épais,
Pressentiment d’une clameur encore muée,
L’âme écoute, s’immobilise, en guet-apens,
Espérant qu’à l’orée l’émotion surgisse enfin.
Un souffle. Un murmure. Une onde fugace passe,
Comme une larme cachée au sein de l’espace,
Le silence se fissure d’un rare frisson venu,
L’Âme, dans ses replis, sent la vie qui s’estendue.
« Qui est là ? » interroge-t-elle en hallucinant,
« Quel reflet pourra combler ce gouffre dormant ? »
Cependant nul visage ne vient répondre à l’appel,
Seule la pénombre danse en ses contours irréels.
La vérité s’échappe à mesure qu’elle approche,
Un souffle d’infini sur le sol qu’elle touche,
Pourtant le vide ici n’est point une absence,
Mais le creuset sacré d’une douce délivrance.
Alors l’Âme, ardente, déploie ses ailes feutrées,
Cherchant dans l’écho ce qui peut la rallumer,
Les murs, témoins figés de secrets indicibles,
Murmurent à demi-mots des vérités sensibles.
Le vent qui s’immisce par la fente des stores
Apporte avec lui des soupirs multiformes,
Reflets d’anciennes joies, d’oubli et de remords,
Une pluie d’instants glisse en son accord.
Sur la chaise solitaire un livre entrouvert
Garde le silence de narrations couvertes,
Peut-être une histoire dont l’Âme est le héros,
Ou le spectre d’un rêve perdu, bien trop tôt.
Elle s’assied, recueillie, sur le bois usé,
Chaque grain une mémoire aux souvenirs froissés,
Là, entre le jour finissant et la nuit grandissante,
Elle trouve un répit dans l’heure vacillante.
Tout à coup, le silence se fait plus trompeur,
Il n’est plus absence, mais armure en couleur,
Chaque battement sourd qui résonne en ses murs
Est un cri, une quête, un reflet, un murmure.
Le contraste est saisissant entre le calme et l’onde,
Entre l’invisible peur et l’espérance profonde,
L’âme se scinde en deux, oscillant entre cieux,
Une part d’elle-même captive du lieu silencieux.
« Pourquoi ce silence, ô chambre isolée ? »
Demande-t-elle au vent qui s’est mis à dialoguer,
« Serais-tu le gardien d’une vérité tissée
Que seules mes pensées peuvent espérer trouver ? »
Le murmure répond, l’entrelace d’un frisson,
Une confidence ténue, promesse de saison,
Mais le secret reste tapi dans un entrelacs
Que l’Âme pressent, mais jamais ne s’appropria.
Le temps suspend son vol, la nuit descend lentement,
Sur le parquet désert, sur les rêves flottants,
Et l’Âme dans sa quête poursuit son chemin flou,
Cherchant dans la nuit ce qui silence rend doux.
Des éclats de mémoire irradient son mystère,
Mais l’illusion aussi se glisse en sa lumière,
Ni joie ni douleur ne prennent possession,
Seulement un souffle d’étrange possession.
Ainsi l’Âme se noie dans cette chambre muette,
Son cœur vibrant d’un écho encore en fête,
Mais où le dernier mot reste à écrire ailleurs,
Dans une prose secrète, au creux de ses heures.
En ce crépuscule au clair-obscur rêvé,
L’Âme demeure en quête, éternelle cherchant,
La résonance attendue, impossible à saisir,
Un futur à écrire, dans le silence à venir.