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Présente Absence

Le poème ‘Présente Absence’ de Mahmoud Darwich est une réflexion puissante sur le thème de l’identité, de l’exil et la complexité du retour à Gaza. Écrit dans un contexte historique difficile, ce poème plonge le lecteur dans les émotions d’un homme partagé entre sa terre natale et la réalité du quotidien marqué par la douleur et la mémoire collective. Avec des images vibrantes, Darwich nous invite à ressentir la nostalgie et le choc de l’absence tout en célébrant la force et la résilience de son peuple.
Le crépuscule tombait lentement à AI-‘Arîsh. Les rayons de soleil enlaçaient sans se presser les branches des palmiers émerveillés par la couleur de feu qui s’en dégageait lentement, très lentement, pour aller teinter les vagues de la mer, soumises de toute éternité à ce marivaudage. Elles nous saluaient d’une brise estivale, comme un éventail dans les mains d’un ange. Quand arriverons-nous à Gaza ? as-tu dit à ton ami préoccupé par la braise de son narguilé. Quand tombera la nuit, a-t-il répondu. Tu as rétorqué : Je veux la voir de tous mes sens. Il a souri : La patrie est plus belle la nuit. Profite du crépuscule sur la mer d’Al-‘Arîsh, tu ne verras pas la mer là-bas comme ici… Elle est, là-bas, colonisée. Puis il reprit : La patrie est plus belle la nuit, alors, patience ! Tu as remis ton carnet dans ta sacoche et tu l’as refermée après y avoir enfoui tes sentiments. Que ressens-tu ? t’a dit Yasser. Tu as répondu : Le chemin a épuisé mes sentiments et mes attentes… Je ne ressens rien et n’attends rien. C’est mieux ainsi, a-t-il dit. Nous sommes entrés, ou plutôt nous nous sommes infiltrés dans Gaza dans le noir. Je t’ai laissé marcher devant moi et j’ai porté ton ombre à ta place. Tu ne pouvais la protéger d’une chute sur la dure réalité. Je t’ai vu cacher ton visage pour échapper aux caméras qui avaient hâte d’y saisir l’ivresse du retour et d’entendre tes invectives de l’exil, préparées par avance. Tu as dit : je ne suis pas arrivé. Je suis là mais je ne suis pas revenu. Tu n’as menti à personne ni à toi-même. Il n’y avait rien à célébrer et Gaza ne s’était pas encore relevée. Les ruines laissées par l’occupation te hantaient. Il te fallait rêver pour que la mer, dans ta langue, ne fuie pas les pécheurs. Dans cette nuit entrecoupée de barrages, de colonies et de miradors, on a besoin d’une nouvelle géographie pour connaître la frontière qui sépare un pas d’un autre et l’interdit de l’autorisé. C’est aussi difficile que de distinguer l’ambigu de ce qui ne l’est pas dans les accords d’Oslo. À la fin de la nuit, tu eus besoin d’un tranquillisant pour dormir et, au réveil, d’un long moment pour te convaincre que tu étais bien à Gaza que tu as aussi tôt dénommée : ville de malheur et de vigueur. Dans la chaleur de midi, tu t’es rendu avec des amis dans les camps de réfugiés. Vous marchiez péniblement dans les ruelles et tu avais honte de toi-même en pensant à l’eau et à la propreté. Tu ne pouvais croire, tu n’avais jamais cru, que la misère était une condition nécessaire pour réaffirmer et pérenniser le droit au retour. Mais tu t’es souvenu de ce qu’il fallait oublier : la conscience universelle. Tu as alors maudit les théories du progrès et du sens de l’Histoire qui pourrait ramener l’humanité aux cavernes. Pour demeurer réaliste, tu t’es interdit le sérum de l’optimisme et de l’enthousiasme, les compensant par un cachet hypotenseur. Tu t’es dit : Si je pensais à autre chose, ce serait comme si je jetais ma conscience aux chats. Tu te demandes : Y a-t-il un génie, juriste ou linguiste suffisamment malin pour élaborer un traité de paix et de bon voisinage entre un palais et une masure, un geôlier et un prisonnier ? Tu marches dans les ruelles, honteux de tout : de tes habits bien repassés, de l’esthétique de la poésie, de l’abstraction de la musique, de ton passeport qui te permet de voyager partout. Tu as mal à ta conscience. Puis tu reviens à Gaza, chez ceux qui regardent de haut les camps et les réfugiés, qui ont peur aussi de ceux qui rentrent, et tu ne sais plus dans quel Gaza tu te trouves. Tu dis : Je suis venu, mais je ne suis pas arrivé. Je suis là, mais je ne suis pas revenu ! Extrait de: traduit de l’arabe par Farouk Mardam-Bey et Elias Sanbar, Arles, Sindbad/Actes Sud, (2016)
Ce poème nous rappelle que l’exil est à la fois un voyage intérieur et une quête de sens, incitant chacun à méditer sur son propre lien avec la terre et l’identité. N’hésitez pas à explorer d’autres créations de Mahmoud Darwich pour enrichir votre compréhension de ces thèmes profonds.

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