Poèmes sur les Émotions

La mer qui compte les jours

Il y a des voix qui ne s’imposent pas. Elles ne crient pas, elles ne supplient pas ; elles avancent, simplement, et finissent par nous rendre ce qu’on leur a donné. La mer en est une.

La mer qui compte les jours
ne s’est jamais plainte du temps.

Elle prend la marée du matin
comme on prend une main ouverte,
la garde une heure contre soi,
puis la rend sans un reproche.

J’ai voulu, moi aussi, compter.
J’ai posé mes heures sur le sable,
elles glissaient, je les rattrapais,
je les comptais encore, et le soir
il manquait toujours un caillou.

Alors j’ai regardé la mer faire.
Elle ne compte pas, elle respire.
Elle ne garde pas, elle accueille.
Elle ne promet pas, elle revient.

Et ce matin, sans que je l’aie mérité,
une vague plus claire que les autres
a poussé jusqu’à mes pieds nus
quelque chose que je n’avais pas nommé —
un peu de patience,
un peu de paix,
le goût du sel quand on a fini de pleurer.

Je n’ai pas tout compris.
Mais je reste là, attentive,
comme la mer, comme une amie ancienne,
comme une porte qu’on n’a pas refermée.

Le temps ne nous est pas pris, il nous est prêté. Et ce qui se perd en chemin — les heures, les noms, les saisons — n’est pas volé ; c’est rendu à la mer, qui se charge de le transformer en lumière basse, en marée haute, en ce petit frisson d’aube qui rappelle qu’on est encore vivant. Personne ne nous demande d’aller vite. On peut respirer, on peut revenir, on peut s’asseoir au bord de l’eau et ne rien dire. La persévérance, parfois, ressemble à cela : non pas tenir bon coûte que coûte, mais accepter que la marée suivante finira bien par arriver.

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