Baigneuse
Le poème ‘Baigneuse’ d’André Lemoyne, extrait de son recueil ‘Les charmeuses’ publié en 1864, illustre avec finesse la beauté féminine à travers des vers riches en émotions. Dans une époque où les valeurs esthétiques se transforment, l’auteur évoque la nostalgie d’un temps où la poésie et les sentiments avaient une place prépondérante. Ce poème demeure un reflet poignant des aspirations et des idéaux de beauté.
Si je suis reine au bal dans ma robe traînante,
Noyant mon petit pied dans un flot de velours,
Je suis belle en sortant de mes grands cerceaux lourds :
Je n’ai rien à gagner dans leur prison gênante.
Voyant mes cheveux d’or ondoyer sur mes reins,
La Vénus à la Conque aurait pâli d’envie.
Comme elle, sur les eaux, tritons et dieux marins,
Tout frémissants d’amour, longtemps m’auraient suivie.
Ingres n’a pas trouvé de plus riche dessin.
Quel merveilleux accord dans la grâce des lignes !
Ni taches, ni rousseurs… Pas de vulgaires signes
Jurant sur les tons purs de l’épaule ou du sein.
Ma bouche est un écrin meublé de perles fines.
J’ai de grands yeux plus doux que la fleur d’un bluet.
Pour me faire si blanche avec ce corps fluet,
Ma mère au fond d’un rêve a dû voir des hermines.
Que n’étais-je à la cour de France au temps jadis !
Quels sonnets m’eût chantés la Pléiade charmée !
Sous le ciel d’Italie, aux jours de Léon Dix,
Le divin Sanzio m’eût peinte et m’eût aimée !
Depuis longtemps déjà vous avez les yeux clos
(Hélas ! comme à regret je fleuris la dernière),
Diane de Poitiers, la belle Ferronnière,
Et Marion Delorme, et Ninon de Lenclos !
Ah ! dans l’ordre des temps quelles métamorphoses !
Les poètes sont morts… les amours sont grossiers…
Adieu le gentilhomme ! — Il faut plaire aux boursiers.
Gros phalènes ventrus se vautrant sur les roses.
Extrait de:
Les charmeuses (1864)
Noyant mon petit pied dans un flot de velours,
Je suis belle en sortant de mes grands cerceaux lourds :
Je n’ai rien à gagner dans leur prison gênante.
Voyant mes cheveux d’or ondoyer sur mes reins,
La Vénus à la Conque aurait pâli d’envie.
Comme elle, sur les eaux, tritons et dieux marins,
Tout frémissants d’amour, longtemps m’auraient suivie.
Ingres n’a pas trouvé de plus riche dessin.
Quel merveilleux accord dans la grâce des lignes !
Ni taches, ni rousseurs… Pas de vulgaires signes
Jurant sur les tons purs de l’épaule ou du sein.
Ma bouche est un écrin meublé de perles fines.
J’ai de grands yeux plus doux que la fleur d’un bluet.
Pour me faire si blanche avec ce corps fluet,
Ma mère au fond d’un rêve a dû voir des hermines.
Que n’étais-je à la cour de France au temps jadis !
Quels sonnets m’eût chantés la Pléiade charmée !
Sous le ciel d’Italie, aux jours de Léon Dix,
Le divin Sanzio m’eût peinte et m’eût aimée !
Depuis longtemps déjà vous avez les yeux clos
(Hélas ! comme à regret je fleuris la dernière),
Diane de Poitiers, la belle Ferronnière,
Et Marion Delorme, et Ninon de Lenclos !
Ah ! dans l’ordre des temps quelles métamorphoses !
Les poètes sont morts… les amours sont grossiers…
Adieu le gentilhomme ! — Il faut plaire aux boursiers.
Gros phalènes ventrus se vautrant sur les roses.
Extrait de:
Les charmeuses (1864)
À travers ‘Baigneuse’, Lemoyne nous invite à une réflexion sur l’éphémère nature de la beauté et du temps qui passe. N’hésitez pas à explorer d’autres œuvres de cet auteur ou à partager vos impressions sur ce poème captivant.
