Poésie classique

Dante

Le poème ‘Dante’ d’Auguste Barbier plonge le lecteur dans l’esprit tourmenté de Dante Alighieri, révélant un profond respect pour ses souffrances. Écrit à une époque où la poésie française se développe avec audace, ce poème évoque la douleur et le désespoir du poète exilé, tout en passant par une critique sociale de son temps.
Dante, vieux gibelin ! Quand je vois en passant
Le plâtre blanc et mat de ce masque puissant
Que l’art nous a laissé de ta divine tête,
Je ne puis m’empêcher de frémir, ô poëte !
Tant la main du gĂŠnie et celle du malheur
Ont imprimĂŠ sur toi le sceau de la douleur.
Sous l’étroit chaperon qui presse tes oreilles
Est-ce le pli des ans, ou le sillon des veilles
Qui traverse ton front si laborieusement ?
Est-ce au champ de l’exil, dans l’avilissement,
Que ta bouche s’est close à force de maudire ?
Ta dernière pensÊe est-elle en ce sourire
Que la mort sur ta lèvre a clouÊ de ses mains ?
Est-ce un ris de pitiÊ sur les pauvres humains ?
Ah ! Le mÊpris va bien à la bouche de Dante,
Car il reçut le jour dans une ville ardente,
Et le pavĂŠ natal fut un champ de graviers
Qui dÊchira longtemps la plante de ses pieds :
Dante vit comme nous, les factions humaines
Rouler autour de lui leurs fortunes soudaines ;
Il vit les citoyens s’égorger en plein jour,
Les partis ÊcrasÊs renaÎtre tour à tour ;
Il vit sur les bûchers s’allumer les victimes ;
Il vit pendant trente ans passer des flots de crimes,
Et le mot de patrie Ă  tous les vents jetĂŠ,
Sans profit pour le peuple et pour la libertĂŠ.
Ô Dante Alighieri, poëte de Florence,
Je comprends aujourd’hui ta mortelle souffrance ;
Amant de Béatrice, à l’exil condamné,
Je comprends ton œil cave et ton front décharné,
Le dĂŠgoĂťt qui te prit des choses de ce monde,
Ce mal de cœur sans fin, cette haine profonde
Qui te faisant atroce et te fouettant l’humeur,
Inondèrent de bile et ta plume et ton cœur
Aussi, d’après les mœurs de ta ville natale,
Artiste, tu peignis une toile fatale,
Et tu fis le tableau de sa perversitĂŠ
Avec tant d’énergie et tant de vérité,
Que les petits enfants qui le jour, dans Ravenne,
Te voyaient traverser quelque place lointaine,
Disaient en contemplant ton front livide et vert :
Voilà, voilà celui qui revient de l’enfer.
À travers ‘Dante’, Auguste Barbier nous invite à comprendre et à ressentir la douleur d’un génie poétique tourmenté. Explorez davantage les œuvres de Barbier et partagez vos réflexions sur cet hommage émouvant à Dante Alighieri.

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