Dans ‘La Parole et le Froid’, Gilbert Lely nous entraîne dans une réflexion troublante sur la vie et la mort. Écrit au 20ᵉ siècle, ce poème explore les pensées d’un homme face à son avenir incertain, tout en errant dans des lieux chargés de souvenirs. La rencontre entre le passé et la mémoire crée une atmosphère mélancolique et universelle qui résonne avec quiconque s’interroge sur sa propre existence.
L’homme qui vient d’atteindre l’âge où il doit bientôt se quitter Saisira toute occasion de rester seul à seul avec lui-même. (Cet âge où l’avenir n’est que d’une semaine, renouvelable par arbitraire reconduction.) Une fois, ayant traversé, venu du métro Blanche, le pont Caulaincourt, Puis erré poétiquement en des lieux qui nous avaient vus jadis avec des girls de cabaret. L’aristocratique Pierre Herbart et moi-même, étincelants de nos dix-huit années, Je suis redescendu pour visiter la sépulture qui sera un jour ma prison. Toute neuve, dans la partie sud-est du cimetière Montmartre longeant la rue Joseph de Maistre, Non loin des cendres rassurantes du danseur Vestris et de sa femme, qui jouait les princesses de tragédie en . Comme je regardais ma pierre tombale, sans millésime, sans nom ni prénom gravés en or, Il me vint fantasquement à l’esprit que, vivant, j’étais en quelque sorte broché. Conscrit de Perséphone soudoyé par l’évidence. Mais que relié je serai demain dans ce granit albigeois. Puis à mon livre je songeai : chaque phrase vingt fois récrite, Parce qu’il n’est rien d’ineffable au prix d’un long acharnement. Alors cette idée du poème : moins intraitable que la vie, il permet qu’on le recommence. Le jour s’affaiblissait autour des chapelles ruinées. «Bonne nuit, doux prince», dis-je à mes mânes futurs. Je m’éloignai du plus spectral des cimetières, avec la lèpre de ses dalles et ses bivouacs d’arbres perdus. C’était en l’immobile octobre. A pas lents, je marchai dans la ville. Rue Pigalle, je crus voir se dresser, aussi haute que les maisons, l’image d’un objet funestement’aimé. Elle reprit mesure humaine, pâle fille vêtue de sombre, debout contre un vitrail aux lueurs proxénètes.
Ce poème invite à une profonde réflexion sur le passage du temps et la manière dont nous nous souvenons de notre vie. N’hésitez pas à partager vos impressions ou à explorer d’autres œuvres de Gilbert Lely pour une immersion plus complète dans son univers poétique.
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