Ce poème original s’ouvre dans un verger encore retenu par la nuit, au moment fragile où la lumière apprend de nouveau les formes.
Avant l’aube, le verger tient sa respiration,
les branches gardent au poignet
le froid bleu des heures sans parole.
Une poire oubliée pend comme une lampe sourde,
un merle éprouve la distance
d’un chant qu’il n’ose pas encore offrir.
La terre a l’odeur humble des draps rincés,
l’herbe recueille chaque pas
comme si marcher devait rester secret.
Entre les rangées d’arbres, un peu de brume
coud les troncs au ciel pâle,
répare la couture de la nuit.
Alors le jour ne vient pas d’un seul coup :
il glisse feuille après feuille,
sur la joue des pommes, sur le dos des pierres,
sur la main vide que je tends vers rien,
et qui revient pourtant plus légère,
comme si l’air savait la consoler.
Quelque part, une source remue sa monnaie claire.
Les insectes rallument leurs outils minuscules.
Le silence change de métier.
Je comprends à peine ce qui s’éclaire :
ce n’est pas le monde qui recommence,
c’est mon cœur qui cesse de se défendre.
Le verger ouvre ses portes sans serrure,
offre ses fruits au temps, ses ombres au passage,
et son calme à quiconque arrive sans bruit.
Quand le soleil paraît enfin derrière les collines,
il ne conquiert rien.
Il nomme doucement ce qui était déjà là.
