Il emporte les feuilles d’automne sans leur demander leur nom,
les mots qu’on n’a pas dits, les lettres restées sur le bureau,
la poussière des chemins qu’on croyait reconnaître,
et cette voix lointaine qui s’accrochait encore aux volets.
Il emporte les promesses trop légères pour rester,
les rires qui s’effacent au coin d’une rue déserte,
le parfum d’un jardin qu’on a quitté trop tôt,
et ce geste inachevé suspendu entre deux saisons.
Mais ce qu’il emporte, il le sème ailleurs —
graine d’un souvenir qui fleurira peut-être
dans une autre main, sous un autre ciel,
au creux d’une mémoire qui ne nous connaît pas.
Rien ne disparaît tout à fait.
Le vent n’efface pas : il déplace.
Et parfois, au détour d’un soir calme,
ce qu’on croyait perdu revient
sans bruit,
sans raison,
comme une feuille qui se pose
sur une page encore blanche.
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