Poèmes sur la vie

La fenêtre qui veille

Il est des fidélités qui ne font aucun bruit. Elles n’ouvrent pas la nuit comme un miracle; elles y déposent seulement une clarté assez humble pour qu’un être perdu retrouve encore le chemin de sa propre porte.

Au haut de la maison, une fenêtre veillait.
Pas davantage qu’une braise derrière le verre,
mais assez pour tenir tête aux toits mouillés,
assez pour dire au soir qu’il n’était pas le maître.

La rue coulait de pluie comme une manche sombre,
les pas s’y perdaient vite,
et le vent, en passant contre les pierres,
faisait de chaque retour une épreuve plus lente.

Pourtant la lampe en haut ne jugeait rien.
Elle ne demandait ni victoire ni récit.
Elle restait là, droite dans sa douceur,
comme une main posée sur le front d’un absent.

Celui qui revenait portait la fatigue du monde,
de la boue au bord du cœur,
des heures défaites aux épaules,
et cette vieille peur de n’être attendu nulle part.

Alors la vitre claire a fait ce que savent faire les âmes patientes:
elle n’a pas crié son espérance,
elle l’a gardée chaude,
afin qu’un pas de plus devienne encore possible.

Je pense souvent que la force ressemble à cela. Non pas au tonnerre, non pas à l’éclat que tout le monde remarque, mais à la persistance d’une lumière modeste qui refuse d’abandonner sa place pendant que quelqu’un lutte encore dans l’ombre.

Si la vie vous éloigne, qu’il demeure au moins une fenêtre en vous, une chambre du cœur qui n’éteint pas tout, même aux heures de pluie. C’est ainsi que l’on sauve parfois une nuit entière: en laissant une faible clarté dire qu’il existe encore un lieu où reprendre souffle et recommencer demain.

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