Ce poème original pour Tous nos Poèmes écoute le moment très bref où la solitude cesse de peser et devient une forme de veille.
La gare a refermé ses paumes de métal,
et le tableau noir bâille une dernière heure ;
un papier tourne encor sous le banc central,
comme un mot qu’on n’a pas eu le temps d’écrire ailleurs.
Le dernier train n’est plus qu’une braise au lointain,
un filet rouge au bord des vitres de la ville ;
il emporte des noms, des promesses, des mains,
tout ce qui faisait bruit dans le cœur immobile.
Je reste avec les rails, l’odeur du fer mouillé,
la buée d’un café refroidi sur la pierre ;
la nuit parle plus bas quand personne ne vient,
et son chagrin profond se dénoue dans la lumière.
Alors monte du quai quelque chose de simple :
non pas la joie déjà, non pas l’oubli soudain,
mais une lampe pauvre au milieu du silence,
un courage très nu posé dans le matin.
Je comprends qu’après tout ce qui part nous travaille,
qu’il faut laisser passer le vacarme et le froid ;
car le monde revient par les choses fidèles :
un pas, un souffle, un ciel qui recommence droit.
Et lorsque l’aube, enfin, blanchira les traverses,
je n’aurai pas gagné contre l’ombre ou le temps ;
j’aurai seulement mis mon cœur sur le quai vide,
pour le voir refleurir là où plus rien n’attend.
