La couture de l’aube
Cette poésie originale s’attarde dans la cuisine d’avant l’aube, là où une femme raccommode à la main ce que la veille a défait, et où chaque point ressemble à une promesse tenue sans témoin.
Poème original
Avant l’aube, elle allume la petite lampe.
La maison ne sait pas encore qu’elle est là.
Le silence a encore la couleur du pain tiède.
Elle tire l’aiguille comme on tire un nom doux
hors d’une mémoire qu’on croyait fermée.
Le fil cède un peu, puis accepte d’aller plus loin.
Une manche usée, un genou de tissu,
l’endroit du manteau où l’enfant a glissé.
Chaque pièce reprend sa place dans le drap du monde.
Elle ne répare pas pour être vue.
Elle répare parce que c’est l’heure
où les choses fragiles méritent qu’on s’y tienne.
Le chat dort, roulé sur la robe à moitié finie.
Dehors, un merle recommence la même note.
Personne ne chronomètre ce qu’elle tisse.
Et ce qui se raccommode n’est pas seulement le tissu.
C’est la journée qui se prépare, cousue fil à fil,
douce, à même la paume, comme une main ouverte.
Quand le jour entre, elle repose l’aiguille.
La chemise est simple, entière, à nouveau portable.
On dirait qu’elle n’a jamais été déchirée.
Mais elle sait, elle, où passent les points invisibles —
cachés sous le revers, près du cœur,
là où les coutures tiennent sans qu’on le dise.
Pour poursuivre la lecture
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