Il arrive que la force ne se présente pas comme un éclat. Elle ne frappe pas à la porte, ne soulève pas la voix. Elle demeure parfois cachée dans un pli de la vie, pareille à une clé oubliée dans la doublure d’un manteau que l’on croyait trop vieux pour nous protéger encore. Ce poème cherche cette force-là : fragile en apparence, mais capable d’ouvrir une chambre intérieure où l’on respire de nouveau.
J’ai remis le manteau des jours difficiles,
celui qui garde l’odeur des gares sans départ,
des bancs mouillés, des soirs sans réponse,
et du pain froid posé près d’une lampe.
Je croyais n’y trouver que poussière,
un ticket plié, la laine usée du manque,
mais mes doigts ont heurté dans la doublure
une petite clé plus chaude que ma main.
Elle n’ouvrait ni maison, ni coffre, ni mémoire.
Elle ouvrait ce silence au fond de la poitrine
où l’on range, sans savoir pourquoi,
la voix qui dit : avance encore.
Alors la rue a repris sa largeur,
le ciel son bleu pauvre et nécessaire,
et chaque pierre, sous mes pas,
semblait apprendre mon nom à la lumière.
Je n’étais pas guéri de tout.
Je n’étais pas devenu plus brave que la nuit.
Mais je tenais cette clé sans trembler,
et déjà la nuit reculait d’un pas.
