Il arrive que la vie ne reparte pas dans un grand élan, mais dans un geste presque invisible : une porte que l’on laisse entrouverte, une chaise que l’on rapproche de la lumière, un souffle qui cesse de s’excuser d’exister. Ce poème habite ce moment fragile où l’on ne sait pas encore où aller, mais où l’on accepte enfin de ne plus rester immobile.
J’ai laissé la chaise près de la porte,
comme on garde une place au courage,
un morceau de bois contre le soir,
un repos offert au voyage.
La maison savait mes pas défaits,
mes valises pleines de silence ;
elle n’a rien demandé de plus
qu’un peu de lumière et de patience.
Dehors, le chemin n’appelait pas,
il respirait seulement, fidèle ;
il portait sur ses pierres mouillées
la douceur d’une chose nouvelle.
Je n’ai pas promis d’être debout,
ni de vaincre la nuit entière ;
j’ai posé ma main sur le seuil
comme on touche une épaule claire.
Alors le matin, sans bruit, sans gloire,
a glissé sous le bois usé ;
et mon cœur, que je croyais fermé,
a commencé par respirer.
