Ce poème original explore l’instant où la glace cède enfin: non pas une victoire éclatante, mais une reprise lente, intérieure, presque secrète. Le fleuve devient ici l’image d’une espérance qui recommence à circuler.
Tout l’hiver, le fleuve a gardé sous sa langue
des paroles de métal,
des branches immobiles,
une lumière trop lourde pour l’eau.
On croyait sa patience changée en silence,
sa mémoire prise dans les vitres du froid,
et les rives elles-mêmes
avaient appris à marcher plus bas.
Puis un matin sans gloire, sans clairon,
quelque chose a cédé dans le cœur des plaques blanches.
Un fil sombre est passé.
Une respiration.
Alors l’eau a repris son métier ancien:
porter le ciel en morceaux,
user les peurs contre les pierres,
ouvrir des chemins sous les reflets.
Les saules n’ont pas parlé,
mais leurs doigts plus souples dans l’air
semblaient bénir cette lente délivrance.
Et moi, debout près de la berge,
j’ai compris que l’espérance ne revient pas toujours en chantant.
Parfois elle desserre seulement un nœud de glace,
puis recommence à couler.
