Il arrive qu’un paysage paraisse perdu pour toujours. Pourtant, sous la noirceur la plus nue, quelque chose demeure en attente: une patience de racine, une mémoire d’eau, un consentement secret à recommencer. Ce poème suit cette heure fragile où la pluie revient vers un jardin brûlé et lui rend peu à peu une voix.
Toute la nuit, le jardin a gardé sa cendre.
Les rosiers n’étaient plus que des poignets de suie,
les pierres sentaient le pain trop noir du malheur,
et l’ombre elle-même hésitait à toucher la terre.
On croyait le silence arrivé jusqu’au bout,
si loin dans la blessure
que même le vent, ce grand voleur d’empreintes,
avait laissé tomber sa leçon sur les allées.
Puis une pluie très fine est venue sans tambour.
Pas une conquête du ciel,
non, seulement une paume fraîche
posée sur le front brûlant des feuilles disparues.
Chaque goutte entrait dans la cendre
comme on entre dans une chambre endeuillée:
avec respect,
avec cette lenteur qui n’efface rien mais empêche de mourir davantage.
Alors le sol a bu ce qu’il pouvait de douceur.
Une odeur de terre ouverte a traversé les ruines,
et sous le charbon des tiges,
un vert encore invisible a déplacé sa patience.
J’ai pensé aux êtres qui continuent malgré l’incendie intérieur,
à ceux qui marchent longtemps parmi leurs pertes,
avec pour seule richesse une humble pluie au bord des yeux,
et le courage de rester là quand tout voudrait s’effondrer.
Le jardin n’a pas fleuri d’un seul coup.
Il a simplement cessé d’être condamné.
C’est parfois ainsi que renaît la vie:
non par miracle, mais par petites eaux fidèles.
