Le poème ‘De la Mansuétude’ de Jean Desmarets de Saint-Sorlin nous transporte dans un monde nocturne enchanteur. Écrit au XVIIe siècle, il dépeint la magie de la nuit et les illusions qu’elle crée à travers un langage riche et évocateur. Ce poème reste significatif par sa capacité à évoquer la beauté fugace du moment, particulièrement apprécié par les amateurs de poésie classique.
Septième promenade Que j’aime la nuit fraîche et ses lumières sombres, Lorsque l’astre des mois en adoucit les ombres ! Que ce palais pompeux me paraît bien plus beau Quand il n’est éclairé que du second flambeau, Dont la douce clarté d’autres grâces apporte, Réchauffant les reliefs par une ombre plus forte. Sous la corniche aiguë, une longue noirceur Sur le mur qui la porte en marque l’épaisseur; Et chaque niche creuse a de chaque statue La figure imprimée, obscure et rabattue. Une brune couleur, des balcons avancés, Trace sur un fond blanc les angles renversés; Et de chaque obélisque à pointes égalées Tombent sur le pavé les pointes affilées. Lorsque sur ce château la lune se fait voir, En éclaire une part, en peint l’autre de noir, Je pense voir deux temps que confond la Nature. Le jour est d’un côté, d’autre la nuit obscure. Quel miracle ! qu’ensemble ici régnent sans bruit Et partagent la place et le jour et la nuitl Allons voir aux jardins en plus ample étendue L’ombre de ce grand corps sur la terre épandue. Déjà du grand palais si clair, si bien dressé, J’en vois sortir un autre obscur et renversé, Noircissant le parterre, et ses superbes dômes Sur la terre couchés comme de longs fantômes. L’ombre aux corps attachée, inégale en son cours, Suit l’astre également, et s’en cache toujours. Allons voir ces canaux : quel doux calme en cette onde! Ici je vois sous terre une lune seconde. Ici le palais même, et si clair, et si beau, À chef précipité se renverse dans l’eau. Ô tromperie aimable! ô jeu de la Naturel Est-ce une vérité ? n’est-ce qu’une peinture ? Ensemble en trois façons ce palais se fait voir, En soi-même, en son ombre, et dans ce grand miroir, Où tout est à l’envers, où tout change d’office, Où les combles pointus portent tout l’édifice. Les astres pétillants y sont encor plus bas Et semblent dans un lac prendre leurs doux ébats. Leurs feux y sont riants, se plongeant sans rien craindre, Et défiant les eaux de les pouvoir éteindre. Quoi ! de la ville encor les pavillons égaux Se montrent renversés dans ces larges canaux, Et du double clocher les deux pointes égales Semblent vouloir percer les prisons infernales.
À travers ‘De la Mansuétude’, Jean Desmarets invite à contempler la beauté de la nuit et les subtilités de la perception humaine. Quelles images cette exploration poétique suscite-t-elle chez vous ? N’hésitez pas à partager vos réflexions ou à découvrir d’autres œuvres de cet auteur fascinant.
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