L’Élégie de mon Père, écrite par Jacques Chessex, est une œuvre poignante qui explore les profondeurs du deuil et de la mémoire. À travers des images évocatrices de paysages embrumés et d’une connexion intime avec son père, ce poème résonne particulièrement chez ceux qui ont connu la perte. Chessex, figure incontournable de la poésie contemporaine suisse, nous rappelle l’importance des souvenirs et la façon dont ils façonnent notre identité.
Ce matin je regarde monter la brume dans la couleur jaune des vallons Je songe avec l’oiseau dans l’air comme dans la mort Je songe à la musique enveloppée de brume dans les pentes J’écoute la voix de mon père dans mon corps Ce matin je regarde le visage de mon père dans la brume dorée et jaune des collines J’écoute l’appel d’un unique oiseau à la cime de l’arbre encore emperlé de pluie Je vois le visage de mon père aux yeux de ciel de juillet et d’éclair métallique avant l’orage Son regard aigu et bon sur mes songes Ce matin je descends dans l’écorce de l’arbre et dans la pierre Je ploie à la fraîcheur du vent dans la souple herbe Je marche dans cette herbe à côté de mon père Puis il s’arrête il approche un visage au front ridé et lisse Peut-être je touche ses yeux de prairie dans le ciel entre les nuages Peut-être j’entre dans le lac de verre de ces yeux Avec les arbres les nuages la cime des monts Peut-être je descends sous la terre du rocher avec ces yeux Ce matin je ne sais plus si c’est toi qui parles ou si c’est moi Tellement fort et précise parle ta voix dans ma voix Je regarde un paysage d’ombre et d’air J’écoute en toi le passage de la rivière ô mon père Et le vent qui fait bouger tes cheveux pas encore blancs Ce matin je marche dans l’herbe de jadis avec mon père Je rêve que je ne verrai jamais ses cheveux blancs Ni que j’entendrai la rivière dans le temps qui lui reste à vivre Ni cet automne qui vient de vallon en vallon avec le givre Avec le chant de l’oiseau dans cet air jaune Ni l’appel au fond de son corps plus triste appel Que les voix de la forêt, des pentes, des vallons Plus triste et mélodieux appel que celui de mon cœur mortel 0 si tu dois être mort en moi si longtemps Jusqu’à ma mort peut-être si tu dois attendre la vraie mort
L’œuvre de Chessex nous incite à réfléchir sur nos propres relations et la manière dont nous commémorons ceux qui nous ont quittés. Explorez davantage ses écrits pour découvrir d’autres facettes de son univers poétique ou partagez vos pensées sur ce poème touchant.
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