Le Coq Cocu de Jean Anouilh est une œuvre qui dépeint avec humour et ironie les complexités des relations amoureuses et la perception trompeuse du succès. Écrit au 20ᵉ siècle, ce poème révèle comment la gloire apparente peut cacher des réalités bien moins flatteuses. À travers l’image d’un coq triomphant, Anouilh explore la jalousie féminine et le mensonge que se racontent les hommes sur leur virilité.
Portant beau, chantant haut, hardi, couvert de femmes Et de plumes de toutes couleurs; Envié des petits coqs maigres déjà coureurs, Qui doivent, pour tirer furtivement un coup, Gagnant peu et risquant beaucoup, Echafauder maintes et ténébreuses trames ; Un coq, seigneur de la basse-cour, qui l’eût cru ? Etait bel et bien cocu. Il avait tout soumis et les corps et les âmes. On tremblait devant lui. Mais le triomphe, à la longue, agace les dames. Ce grand homme après tout ce n’est que leur mari. Et lorsqu’il rentre triomphant de ses victoires, Sous les folles acclamations, Leur sourire est pincé en pensant à l’histoire Qu’il faudra écouter dix fois à la maison. Le conquérant se perd en mettant ses pantoufles. Et le plus grand génie n’a pas toujours raison Dans un conflit de casseroles. Et puis, surtout, un esprit malicieux leur souffle Que dans toutes ces inventions, (Géniales, si l’on veut : il n’est pas aussi drôle Qu’on l’imagine, vous savez, à la maison !) Elles ont bien joué aussi leur petit rôle, Quoiqu’on ne cite pas leur nom. La vague jalousie, qui stagne au cœur des femmes, Se change en haine, passé le temps clair de l’amour. Mais qui peut admirer toujours ? Notre coq confiant vivait dans la méprise. (Coq célèbre trouve à sa guise Poulette idiote qui se pâme.) Il se voyait toujours adulé, sans rivaux. Seul, peut-être, le coq des voisins, un nouveau, Noir et rouge, assez beau, il est vrai, de plumage, Qui le narguait de loin derrière son grillage… Mais, par la force des choses, sans danger. Ces dames, Dieu merci, ne pouvaient que rêver Très platoniquement à ce bel étranger. Pour les autres — adolescents suant de haine Et de peur — il faudrait picorer de la graine Avant que de pouvoir prétendre Aller au bout de la carte du Tendre! Il y a loin jusqu’au coucher… Les femmes, le jour volontiers sentimentales, Entre les draps, la nuit, aiment bons et gros mâles. Il ne faut pas leur en conter. Les femmes justement adorent la faiblesse, La maigreur et la dureté vaine de la jeunesse. Et sans s’en douter Notre coq était Cocu et recocu de minuit à matines. Il le resta jusqu’à ce que le maître queux Qui régnait sur cette cuisine Par un privilège divin, Le promût un jour coq au vin, Lui évitant bien des constatations chagrines. Encor celui-ci mourut-il heureux. La plupart des cocus piétinent, Le doute se glissant un beau jour dans leur âme, Parce qu’ils imaginent un amant de leur femme Susceptible de leur plaire à eux.
Ce poème nous pousse à réfléchir sur la nature parfois illusoire des succès et des triomphes personnels. N’hésitez pas à explorer d’autres œuvres de Jean Anouilh ou à partager vos impressions sur cette satire astucieuse qui résonne encore aujourd’hui.
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