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La Jalousie

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Le poème ‘La Jalousie’ de Jean Auvray, extrait de ‘Le banquet des muses’ publié en 1623, explore les profondeurs sombres de l’âme humaine à travers le prisme de la jalousie. Auvray, connu pour sa capacité à immortaliser les émotions complexes, nous plonge ici dans une réflexion poignante sur la douleur et la colère que suscite ce sentiment. Ce poème reste significatif par sa manière unique d’exprimer les tortures psychiques infligées par la jalousie, un sujet universel qui résonne encore aujourd’hui.
Poètes, peintres parlants, que vous sert de nous feindre, Peintres, poètes muets, que vous sert de nous peindre Des feux, des fouets, des fers, des vaisseaux pleins de trous, Des rages, des fureurs, des lieux épouvantables : Pour exprimer l’horreur des enfers effroyables, Est-il enfer semblable à celui des jaloux ? L’aigle de Prométhée, les fouets des Euménides, Les vaisseaux défoncés des folles Danaïdes, D’Ixion abusé les roues et les clous, Les peines de Tantal, de Sisyph, de Phlégie Ne sont que jeux au prix de l’âpre jalousie, Il n’est enfer semblable à celui des jaloux. Si la nuit le jaloux tient sa femme embrassée, Il croit tenant le corps qu’un autre a sa pensée ; Fût-elle à prier Dieu dans l’église à genoux, Si du temps qu’il lui donne elle passe les bornes, Ce Vulcain pense avoir le front tout plein de cornes Et se plonge insensé dans l’enfer des jaloux. Une rare beauté, un accoutrement brave, Une charmante voix, une démarche grave, Un oeil rempli d’attraits, un sourire trop doux, Une gaillarde humeur, une larme aperçue, Un doux accord de luth, une oeillade conçue, Sont les plus grands tourments de l’enfer des jaloux. Ils sont pâles, chagrins, songeards, mélancoliques, Noisifs, capricieux, maussades, fantastiques, Difficiles, hargneux, sauvages, loups-garous, L’esprit toujours porté à quelque horrible songe, Un vautour sans cesser les entrailles leur ronge, Bref, il n’est tel enfer que celui des jaloux. Donc vieillards refroidis, cherchez quelques Médées Pour faire rajeunir vos vieillesses ridées, Et au tripot d’amour mieux assener vos coups, Ou bien, dagues de plomb, votre horoscope preuve Que vous serez bientôt des cocus à l’épreuve Et que vous entrerez dans l’enfer des jaloux. Et vous cabas moisis, vieilles tapissières, Tétins mous, fronts ridés, culs plats, fesses flétries, Yeux pleureux, cheveux gras, pourquoi épousez-vous Ces volages poulains qu’un jeune amour enflamme ? Vous n’êtes que de glace, ils ne sont que de flamme. Entrez, vieilles, entrez dans l’enfer des jaloux. Extrait de: Le banquet des muses (1623)
À travers ‘La Jalousie’, Jean Auvray nous rappelle que les émotions peuvent être des prisons imaginaires. En réfléchissant sur ces tourments, nous sommes invités à explorer davantage l’œuvre de cet auteur et à partager nos propres expériences émotionnelles.
Auteur:Jean Auvray

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