Dans le poème ‘Ca Va Sans Titre’, Wisława Szymborska nous plonge dans une scène simple mais puissante : celle d’une femme assise sous un arbre au bord d’une rivière. À travers cette image, l’auteure nous invite à réfléchir sur l’importance des instants présents et à reconnaître la beauté que renferment les moments ordinaires. Écrite par une voix marquante de la poésie contemporaine, ce poème résonne particulièrement en cette époque où la rapidité de la vie quotidienne rend souvent difficile l’appréciation des détails qui nous entourent.
On en est arrivé là : je suis assise sous un arbre, au bord d’une rivière, un matin de soleil. C’est un évènement anodin que ne retiendra pas l’histoire. Ni une bataille, ni un pacte dont on sonde les motivations, ni le meurtre mémorable d’un tyran. Et pourtant me voilà assise, c’est un fait. Et puisque je suis ici, près de la rivière, je serai bien venue ici de quelque part, sans dire qu’auparavant j’aurai séjourné dans pas mal d’autres endroits. Tout comme les grands conquérants avant de monter à bord. Le plus éphémère des instants possède un illustre passé, son d’avant le samedi – vendredi, son d’avant le mois de juin – mois de mai. Ses horizons aussi vrais que dans les jumelles du commandant en chef. L’arbre est un peuplier enraciné depuis des lustres. La rivière s’appelle Raba et ne coule pas d’hier. Le sentier qui traverse les buissons, ne fut pas frayé aujourd’hui. Le vent qui chasse les nuages, les aura amenés par ici. Et bien que rien d’important ne se passe tout autour le monde n’en est pas tout autant plus pauvre en détails, ou privé de fondements, ou plus mal défini, qu’à l’époque où l’emportaient les grandes migrations. Les mystérieux complots n’ont pas l’exclusivité du silence. On voit le cortège des raisons ailleurs qu’aux couronnements. Les dates anniversaires peuvent être elles aussi bien rondes mais pas davantage que ce défilé des cailloux sur le bord du fleuve. Complexe et dense est la broderie des circonstances. Le point de croix de la fourmi dans l’herbe. L’herbe cousue dans la terre. Le motif de la vague tissé par la branche. Ainsi donc, par hasard, je suis et je regarde. Au-dessus, un papillon blanc agite dans les airs, ses ailes qui ne sont et ne seront qu’à lui, et l’ombre qui soudain traverse mes deux mains n’est pas une autre, ni quelconque, mais bien la sienne. Voyant cela, je ne suis jamais sûre que ce qui est important l’est vraiment davantage que ce qui ne l’est pas.
À travers les mots de Szymborska, nous découvrons que même les événements les plus anodins sont chargés de signification. Ce poème incite à prendre le temps d’observer et d’apprécier la richesse de nos propres expériences. Invitez-vous à explorer davantage les œuvres de cette grande poétesse et à partager vos réflexions sur ce poème.
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