Dans son poème ‘Contes’, Louise Ackermann nous plonge dans une exploration de la poésie et de la création artistique. Écrite en 1863, cette œuvre dépeint les luttes et les joies d’un poète face à un monde où l’inspiration semble échapper aux artistes. Ackermann, figure marquante de la poésie romantique française, réussit à capturer les nuances de l’âme humaine à travers des vers délicats et réfléchis.
Ah ! si la Muse était tant soit peu fée, Chanter, vraiment, serait emploi des dieux ; Point ne pourrait le plus petit Orphée La bouche ouvrir, qu’on ne vît de tous lieux Courir les gens. Oui, nous ferions merveille, Et sous nos pas la foule toute oreille Ramasserait les miettes de nos vers. Il n’en va point ainsi. Pour ceux qu’attire La Muse au fond de ses bosquets déserts, Les temps sont durs ; de l’aveu de la lyre, Ce charme a fui qui lui livrait les cœurs. Dans mes loisirs j’ai donc à la légère Rimé ceci, ne comptant point ou guère Que mes accords offriront des douceurs Vous agréant. Pas moins ne m’en enchante Un art divin ; car si les vers pour vous N’ont plus d’attraits, pour celui qui les chante Il leur en reste encore, et des plus doux. De frais atours et fleurs de poésie Ces miens récits parer à ma façon, Dans ses sentiers suivre la fantaisie, Chemin faisant répéter sa chanson, Amours décents prendre pour camarades, Les égayer à mes propos divers, Trouver parfois, au beau détour d’un vers, Un joli mot qui me fait des œillades, N’est-ce plaisir ? Quand pousse ses roulades Le rossignol au sein des bois aimés, Demande-t-il si ses voisins charmés L’écouteront en ces vertes demeures ? Ainsi que lui, pour moi seul, à mes heures, Je vais chantant, mais très-bas toutefois. Plus haut qu’un conte il n’est sûr à ma voix De se lancer; aussi bien se tient-elle À ces récits. Même il se peut parfois Qu’en mon chant simple une note rappelle Quelque vieux maître; et plût à Dieu, vraiment, Que cela fût, car cela serait charme. Depuis longtemps il n’est rire ni larme Qui soient nouveaux sous notre firmament. Redite, hélas ! et regazouillement, C’est tout notre œuvre, et qui rime s’expose À faire ouïr des sons déjà connus ; Heureux encor, parmi les tard venus, Ceux dont le chant ressemble à quelque chose. Extrait de: Contes et poésies (1863)
En conclusion, ‘Contes’ invite le lecteur à réfléchir sur la nature éphémère de la créativité et le lien intime entre l’artiste et son œuvre. N’hésitez pas à découvrir davantage de poèmes de Louise Ackermann pour apprécier toute la beauté et la profondeur de sa pensée poétique.
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