Dans ‘La Seule’, René Daumal nous offre une réflexion intense et poignante sur les thèmes de la mort et de l’amour. Ce poème, écrit au 20ᵉ siècle, se distingue par sa richesse émotionnelle et son exploration métaphysique de la condition humaine. À travers des images saisissantes, Daumal nous plonge dans un monde où l’amour transcende la mort, révélant une vulnérabilité et une profondeur qui continuent de résonner chez les lecteurs d’aujourd’hui.
Je connais déjà ta saveur, je connais l’odeur de ta main, maîtresse de la peur, maîtresse de la fin. J’ai touché déjà tes os à travers ta chair sans âge pétrie d’insectes millénaires et de calices de fleurs futures. J’ai dormi depuis les déluges, j’ai dormi au fond de toi, sur ton épaule, j’ai dormi sans nom — ta poitrine n’a pas changé, l’air de la vie n’a plus le nerf de m’éveiller — ne me nomme jamais, ne me réveille pas ; tes poumons immobiles ont désappris aux miens à respirer le souffle faible de ce monde le mourant ! car il agonise dans les trompettes, les pluies battantes, et qu’il crève, le géant faible, monde vieillard qui s’époumonne dans le feu pâle auréolant ta tête, cette lueur, ô veilleuse aveugle des morts, pensante sans sommeil au fond des rêves loin de l’huile de la vie, endormeuse, nous avons ensemble ce secret que je t’ai pris au carrefour martelé de lune; souviens-toi, tu étais habillée en petite fille, tu guettais sur les dalles, la bouche sur ton secret. Souviens-toi, je t’ai prise aux cheveux, tu as desserré les dents, souviens-toi, pour moi, pour moi seul, parce que j’avais tout trahi pour toi — oui, messieurs de la fumée et de l’ombre, je vous ai trahis tous pour elle ; eau-mère, la vie que tu m’as donnée, la vie avec la bouche bée, je l’ai trahie et j’ai trahi le monde pour elle, pour cette enfant que de vie en vie je retrouve, î’endormeuse sans sommeil, la veilleuse de la fin — ô ma mort! tu as desserré les dents : la boule, le feu, l’astre de gorge, la convulsion folle derrière tes lèvres, indéfiniment derrière tes dents, ce mur où tant d’autres se cassent la tête, … et ce que je ne puis dire… Mais à qui parlerais-je ? toute oreille, tout œil sombrent dans le silence et la nuit sans mémoire. Tu veilles seule, enfant des baumes, mort du carrefour, bois mon sommeil, ne laisse rien de moi, je suis seul à t’avoir vue plus présente qu’elles, les fumées femelles, les rôdeuses qu’un vrai regard dissipe, je t’aime plus loin qu’au fond des rêves, maîtresse de la peur, maîtresse de la fin, ne m’éveille plus, ne me nomme plus.
En conclusion, ‘La Seule’ de René Daumal nous pousse à contempler le lien indissoluble entre l’amour et la mort. Ce poème invite chacun à explorer ses propres réflexions sur ces thèmes universels, et à découvrir davantage de l’œuvre profonde et riche de cet auteur fascinant.
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