Jean Zay, poète engagé du début du 20ᵉ siècle, nous offre avec ‘Le Drapeau’ un poème poignant qui dénonce les horreurs de la guerre et rend hommage aux nombreux soldats tombés au combat. Écrit en 1924, ce texte résonne encore aujourd’hui comme une critique acerbe des idéologies patriotiques qui conduisent à tant de souffrances. Zay utilise un langage brutal pour évoquer la perte et la mémoire des victimes de la guerre.
Ils sont quinze cent mille qui sont morts pour cette saloperie-lĂ . Quinze cent mille dans mon pays, Quinze millions dans tous les pays. Quinze cent mille morts, mon Dieu ! Quinze cent mille hommes morts pour cette saloperie tricolore⌠Quinze cent mille dont chacun avait une mère, une maĂŽtresse, Des enfants, une maison, une vie un espoir, un cĹur⌠Quâest ce que câest que cette loque pour laquelle ils sont morts ? Quinze cent mille morts, mon Dieu ! Quinze cent mille morts pour cette saloperie. Quinze cent mille ĂŠventrĂŠs, dĂŠchiquetĂŠs, AnĂŠantis dans le fumier dâun champ de bataille, Quinze cent mille qui nâentendront plus JAMAIS, Que leurs amours ne reverront plus JAMAIS. Quinze cent mille pourris dans quelques cimetières Sans planches et sans prières⌠Est-ce que vous ne voyez pas comme ils ĂŠtaient beaux, rĂŠsolus, heureux De vivre, comme leurs regards brillaient, comme leurs femmes les aimaient ? Ils ne sont plus que des pourritures⌠Pour cette immonde petite guenille ! Terrible morceau de drap coulĂŠ Ă ta hampe, je te hais fĂŠrocement, Oui, je te hais dans lââme, je te hais pour toutes les misères que tu reprĂŠsentes Pour le sang frais, le sang humain aux odeurs âpres qui gicle sous tes plis Je te hais au nom des squelettes⌠Ils ĂŠtaient Quinze cent mille Je te hais pour tous ceux qui te saluent, Je te hais Ă cause des peigne-culs, des couillons, des putains, Qui traĂŽnent dans la boue leur chapeau devant ton ombre, Je hais en toi toute la vieille oppression sĂŠculaire, le dieu bestial, Le dĂŠfi aux hommes que nous ne savons pas ĂŞtre. Je hais tes sales couleurs, le rouge de leur sang, le sang bleu que tu voles au ciel, Le blanc livide de tes remords. Laisse-moi, ignoble symbole, pleurer tout seul, pleurer Ă grand coup Les quinze cent mille jeunes hommes qui sont morts. Et nâoublie pas, malgrĂŠ tes gĂŠnĂŠraux, ton fer dorĂŠ et tes victoires, Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs. 1924
En conclusion, ‘Le Drapeau’ de Jean Zay est un appel à la réflexion sur le prix tragique de la guerre. Ce poème intemporel incite le lecteur à se souvenir des vies perdues et à remettre en question le sens du sacrifice. N’hésitez pas à explorer d’autres œuvres de Jean Zay pour approfondir votre compréhension de ses thématiques puissantes.
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