Le poème ‘Le Jour Avait Été Tel’ de Jean de Bosschère, écrit en juillet 1936, offre une réflexion poignante sur la condition humaine. À travers une riche imagerie et un langage symbolique, l’auteur explore les thèmes de la souffrance, de l’identité et de la lutte entre la lumière et l’obscurité. Bosschère, figure marquante de la poésie moderne, parvient à capter des émotions complexes tout en évoquant le poids des normes sociales sur l’individu.
Le jour avait été tel et la lumière celle que l’on sait tous les phares étaient occupés justement, et dans l’intégrité cruelle : l’un avait roucoulé sur le matin que tissaient les hirondelles vers midi le cavalier noir revenu, déchira le jour, et la nuit de tous ses bras reprit le ciel, et le soleil fut mangé par la lune : c’était l’ordre d’une vraie nuit à chouettes, mais les étoiles ne lisaient pas leur rôle. C’est pourquoi, dans le minuit légitime, qui sur une échasse se tient entre le jour et le jour, le soleil reprit sa course entravée à midi. Cela, oui, cela je sus pourquoi ce soleil, ce soleil d’ardente brûlure qui venait monstrueusement tanner mes insomnies, pourquoi ce soleil inlassable dans maintes années illuminait un jour qui était la nuit car il fallait me montrer toutes mes comètes noires éclairer par le bas mes souvenirs de sang traverser les linceuls huilés de larmes dévoiler avec son feu d’or lourd, les routes désertes de mes chutes, fixer pour humilier l’homme la trace des paraboles infinies de mes souffrances de maudit. Et que l’on vît les poings grotesques de la légalité, de la science et de la morale porter vers moi leurs torchons sales et le fiel rouge qu’ils vomissent. Sous ce feu de minuit un homme rêve, une femme hurle c’est le sommeil de la terre, sous ce feu de la terre le poing des normes enfonce le torchon dans mes côtes, et le poing est une tête qui crache le rire de leur ennui Je connais la tête pour avoir connu les hommes. Mais le torchon lime avec ses plis le vase épuisé de mon âme, il vire, racle mon cœur, en soutire l’ultime mal qui tue. Et quand le drap cassé durement est imbibé de ma douleur je l’arrache et l’étalé sous la nuit ensoleillée. Je vois : on ne peut t’aimer, dit le torchon rouge qui brille ainsi, en vérité. Juillet 1936
Ce poème, chargé d’émotions et d’images puissantes, nous pousse à réfléchir sur notre propre parcours face à la douleur et à l’illusion. N’hésitez pas à explorer d’autres œuvres de Jean de Bosschère et à partager vos réflexions sur ce texte captivant.
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