Dans ‘Le Passé’, Sophie d’Arbouville nous offre une réflexion émotive sur le temps qui passe et la perte des instants précieux. Écrit au XIXe siècle, ce poème se distingue par sa mélancolie et sa profondeur, capturant l’essence même de la nostalgie humaine. L’auteure, reconnue pour sa sensibilité, évoque ici les souvenirs évanouis et les regrets liés aux bonheurs perdus. Ce poème continue de résonner auprès des lecteurs d’aujourd’hui, tant il touche à l’universel.
Oh ! comment retenir cet ange qui s’enfuit ? Comme il est sombre et pâle ! il ressemble à la nuit. Comme il s’envole vite !… et de ma main tremblante S’échappe malgré moi son aile impatiente. « Reste encore ! il me semble, ange au triste regard, Qu’avec toi, de mes jours fuit la meilleure part ! Quel est ton nom ? réponds. — Tu dis vrai, je suis triste ; Et pourtant, à mes lois jamais rien ne résiste ; Je dépouille en passant les arbres de leur fleur, L’âme, de son espoir, le cœur, de son bonheur ; Je prends tous les trésors, jamais rien ne m’arrête ; Je ne vois pas les pleurs… je détourne la tête. Sur mon nom, interroge un cœur que j’ai blessé : « Hélas ! s’écrira-t-il, c’est l’ange du passé ! » — Le Passé !! devant toi mon âme est sans prière, Et je lâche ta main froide comme la pierre. Contre toi, tout effort demeure superflu… De mes biens les plus chers, ange, qu’emportes-tu ? J’emporte loin de toi l’heureuse insouciance Dont le calme est si doux qu’on dirait l’espérance ; J’emporte la gaîté, ce bonheur sans motif Qui répand à l’entour son parfum fugitif ; J’emporte ces doux chants, rêves de poésie, Enivrant en secret l’âme qu’ils ont choisie ; J’emporte ta jeunesse et ton joyeux espoir Se brisant le matin pour renaître le soir ; J’emporte ces pensers, qui, dans la solitude, Donnent un but qu’on aime aux efforts de l’étude ; J’emporte les bonheurs qui jadis te charmaient, Car j’emporte avec moi tous les cœurs qui t’aimaient. — Qu’ai-je fait pour les perdre ? — Hélas ! rien… mais j’appelle ; Nul à mes volontés ne peut être rebelle. Et ne savais-tu pas qu’incertain en son cours, Tout bonheur doit passer… peut-être en quelques jours ! Que tel est le pouvoir qui gouverne la terre : Une joie, un regret ; l’ombre après la lumière. Quand j’ai dit : C’est assez ! en vain on crie : « Encor ! » Je veux ceux qui l’aimaient… j’emporte mon trésor ! — Oh ! rends-moi quelque instant, ou d’espoir, ou de doute ! Et puis, me dépouillant, tu poursuivras ta route. — Je ne puis. — Mais alors, pour mes jours à venir, Que me laisses-tu donc, mon Dieu ! — Le souvenir. Extrait de: Poésies et nouvelles (1840)
À travers ‘Le Passé’, Sophie d’Arbouville nous invite à contempler notre propre relation au temps et aux souvenirs. N’hésitez pas à explorer davantage ses œuvres pour plonger encore plus profondément dans son univers poétique et partager vos réflexions sur ce poème avec d’autres amateurs de littérature.
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