Écrit en 1840, ‘Le Poète’ de Sophie d’Arbouville est une œuvre qui illustre magnifiquement la quête de l’inspiration poétique au milieu des tourments de l’existence. L’auteur s’interroge sur la relation entre la souffrance et l’art, offrant une réflexion émotive qui résonne encore aujourd’hui. Plongez dans cet univers où la musique des vers devient un refuge pour l’âme.
ODE. (Couronnée aux jeux floraux.) Des longs ennuis du jour quand le soir me délivre, Poète aux chants divins, j’ouvre en rêvant ton livre, Je me recueille en toi, dans l’ombre et loin du bruit ; De ton monde idéal, j’ose aborder la rive : Tes chants que je répète, à mon âme attentive Semblent plus purs la nuit ! Mais qu’il reste caché, ce trouble de mon âme, De moi rien ne t’émeut, ni louange, ni blâme. Quelques hivers à peine ont passé sur mon front… Et qu’importe à ta muse, en tous lieux adorée, Qu’au sein de ses foyers une femme ignorée S’attendrisse à ton nom ! Qui te dira qu’aux sons de ta lyre sublime, À ses accords divins, ma jeune âme s’anime, Laissant couler ensemble et ses vers et ses pleurs ? Quand près de moi ta muse un instant s’est posée, Je chante…. ainsi le ciel, en versant sa rosée, Entr’ouvre quelques fleurs. Poètes ! votre sort est bien digne d’envie. Le Dieu qui nous créa vous fit une autre vie, L’horizon ne sert point de limite à vos yeux, D’un univers plus grand vous sondez le mystère, Et quand, pauvres mortels, nous vivons sur la terre, Vous vivez dans les cieux ! Et si, vous éloignant des voûtes éternelles, Vous descendez vers nous pour reposer vos ailes, Notre monde à vos yeux se dévoile plus pur ; L’hiver garde des fleurs, les bois un vert feuillage, La rose son parfum, les oiseaux leur ramage, Et le ciel son azur. Si Dieu, vous révélant les maux de l’existence, Au milieu de vos chants fait naître la souffrance, Votre âme, en sa douleur poursuivant son essor, Comme au temps des beaux jours vibre dans ses alarmes ; Le monde s’aperçoit, quand vous montrez vos larmes, Que vous chantez encor ! Le malheur se soumet aux formes du génie, En passant par votre âme, il devient harmonie. Votre plainte s’exhale en sons mélodieux. L’ouragan qui, la nuit, rugit et se déchaîne, S’il rencontre en son cours la harpe éolienne, Devient harmonieux. Moi, sur mes jeunes ans j’ai vu gronder l’orage, Le printemps fut sans fleurs, et l’été, sans ombrage ; Aucun ange du ciel n’a regardé mes pleurs. Que ne puis-je, changeant l’absinthe en ambroisie, Comme vous, aux accords d’un chant de poésie Endormir mes douleurs ! À notre âme, ici-bas , il n’est rien qui réponde ; Poètes inspirés, montrez-nous votre monde ! À ce vaste désert, venez nous arracher. Pour le divin banquet votre table se dresse… Oh ! laissez, de la coupe où vous puisez l’ivresse, Mes lèvres s’approcher ! Oui, penchez jusqu’à moi voire main que j’implore ; Votre coupe est trop loin, baissez, baissez encore !… Répandez dans mes vers l’encens inspirateur. Pour monter jusqu’à vous, mon pied tremble et chancelle… Poètes ! descendez, et portez sur votre aile Une timide sœur ! Extrait de: Poésies et nouvelles (1840)
À travers ‘Le Poète’, d’Arbouville nous rappelle la puissance de la poésie pour transcender la douleur. Explorez davantage les œuvres de cette poétesse inspirante et laissez-vous toucher par la magie des mots.
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