Le Prophète de René Daumal est une œuvre qui résonne profondément avec les dilemmes de l’existence humaine. Écrit dans une période où les questions de la vie et de la mort trouvaient un écho dans la conscience collective, ce poème met en lumière la voix d’un enfant qui rappelle à ses contemporains leur propre inéluctabilité face à la mort. À travers des images puissantes et un langage évocateur, Daumal nous invite à réfléchir sur le poids du rire face à l’angoisse et à la fatalité.
L’enfant qui parlait au nom du soleil allait par les rues du village mort, les rats couraient vers ses pieds nus lorsqu’il s’arrêtait aux carrefours. L’enfant appela d’une voix pleine de galères, de voiles blanches et de poissons volants, et les hommes changés en pierre s’éveillèrent en grinçant C’était l’aube annoncée par les flèches sifflantes des joyeux archers du voisinage, les hommes venaient, chacun portant sa nuit comme on porte une ombrelle. Ils s’accroupirent autour de l’enfant, et leurs gros yeux rouges riaient, et leurs larges bouches crachaient du sable à travers les dents. L’enfant qui parlait au nom du soleil dit: «N’écoutez plus le chant du coq stupide», et les hommes aux longues lèvres se tapaient le derrière sur les pavés. L’enfant dit: «Vous riez, vous riez, mais lorsque vous vous éveillerez avec du sang plein les oreilles, alors, vous ne rirez plus. » Sa tête tomba, écrasante et chaude sur l’épaule d’une jeune femme ; elle crut qu’il voulait l’embrasser et se mit à rire d’effroi. «Vous riez, vous riez, lui dit-il, — et les vieux montraient leurs crocs jaunes — votre rire n’est pas l’aumône que réclame la Gueule céleste. Il lui faut vos nourrissons, vos nez fraîchement coupés, Il lui faut une moisson d’orteils pour son souper. Elle rit, elle rit, la grande Gueule, elle brille, elle grésille, vous riez, vous riez, épouvantable aïeule, mais bientôt, grand-mère, vos fils et vos filles ne riront plus, ne riront plus. Vous riez sous vos parasols de nuit, ils vont craquer, ils vont craquer, entendez rire la grande Gueule, car bientôt vous ne rirez plus. »
Ce poème, riche en symbolisme et en émotions, nous pousse à une introspection. Il nous rappelle que derrière le rire se cache souvent l’effroi face à notre mortalité. N’hésitez pas à explorer davantage les œuvres de René Daumal pour découvrir d’autres réflexions profondes sur notre existence.
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