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Adieu à la Madeleine

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Dans ‘Adieu à la Madeleine’, Casimir Delavigne plonge ses lecteurs dans un monde de nostalgie et de mélancolie face au départ d’un endroit chéri. Écrit en 1839, ce poème résonne avec l’expérience humaine universelle de l’adieu et du souvenir, capturant les émotions profondes liées à la séparation d’un paysage aimé. À travers des images puissantes et des sentiments poignants, Delavigne évoque la beauté éphémère de la nature et les souvenirs qui persistent au-delà du temps.
Adieu Madeleine ChÃĐrie,
Qui te rÃĐflÃĐchis dans les eaux,
Comme une fleur de la prairie
Se mire au cristal du ruisseau.
Ta colline, oÃđ j’ai vu paraÃŪtre
Un beau jour qui s’est ÃĐclipsÃĐ,
J’ai rÊvÃĐ que j’en ÃĐtais maÃŪtre ;
Adieu ! Ce doux rÊve est passÃĐ.
Assis sur la rive opposÃĐe,
Je te vois, lorsque le soleil
Sur tes gazons boit la rosÃĐe,
Sourire encore à ton rÃĐveil,
Et d’un brouillard pÃĒle entourÃĐe
Quand le jour meurt avec le bruit,
Blanchir comme une ombre adorÃĐe
Qui nous apparaÃŪt dans la nuit.
Doux trÃĐsors de ma moisson mÃŧre,
De vos ÃĐpis un autre est roi ;
Tilleuls dont j’aimais le murmure,
Vous n’aurez plus d’ombre pour moi.
Ton coq peut tourner à sa guise,
Clocher, que je fuis sans retour :
Ce n’est plus à moi que la brise
Lui dit d’annoncer un beau jour.
Cette fenÊtre ÃĐtait la tienne,
Hirondelle, qui vint loger
Bien des printemps dans ma persienne,
OÃđ je n’osais te dÃĐranger ;
DÃĐs que la feuille ÃĐtait fanÃĐe,
Tu partais la premiÃĻre, et moi,
Avant toi je pars cette annÃĐe ;
Mais reviendrais-je comme toi ?
Qu’ils soient l’amour d’un autre maÃŪtre,
Ces pÊchers dont j’ouvris les bras !
Leurs fruits verts, je les ai vu naÃŪtre ;
Rougir je ne les verrai pas.
J’ai vu des bosquets que je quitte
Sous l’ÃĐtÃĐ les roses mourir ;
J’y vois planter la marguerite :
Je ne l’y verrai pas fleurir.
Ainsi tout passe, et l’on dÃĐlaisse
Les lieux oÃđ l’on s’est rÃĐpÃĐtÃĐ :
ÂŦ Ici luira sur ma vieillesse
L’azur de son dernier ÃĐtÃĐ. Âŧ
Heureux, quand on les abandonne,
Si l’on part en se comptant tous,
Si l’on part sans laisser personne
Sous l’herbe qui n’est plus à vous.
Adieu, prairie oÃđ sur la brune,
Lorsque tout dort, jusqu’aux roseaux,
J’entendais rire au clair de lune
Les lutins des bois et des eaux,
Qui, sous ces clartÃĐs taciturnes,
Du trÃīne disputant l’honneur,
Se livraient des assauts nocturnes
Autour des meules du faneur.
Adieu, mystÃĐrieux ombrages,
Sombre fraÃŪcheur, calme inspirant ;
MÃĻre de Dieu, de qui l’image
Consacre ce vieux tronc mourant,
OÃđ, quand son heure est arrivÃĐe,
Le passereau loin des larcins
Vient cacher sa jeune couvÃĐe
Dans les plis de tes voiles saints.
Adieu, chapelle qui protÃĻge
Le pauvre contre ses douleurs ;
Avenue oÃđ, foulant la neige
De mes acacias en fleurs,
Lorsque le vent l’avait semÃĐe
Du haut de ses rameaux tremblants,
Je suivais quelque trace aimÃĐe,
Empreinte sur ses flocons blancs.
Adieu, flots, dont le cours tranquille,
Couvert de berceaux verdoyants,
A ma nacelle, d’ÃŪle en ÃŪle,
Ouvrait mille sentiers fuyants,
Quand rÊveuse, elle allait sans guide
Me perdre en suivant vos dÃĐtours
Dans l’ombre d’un dÃĐdale humide
Ou je me retrouvais toujours.
Adieu, chers tÃĐmoins de ma peine,
ForÊt, jardin, flots que j’aimais !
Adieu, ma fraÃŪche Madeleine !
Madeleine, adieu pour jamais !
Je pars, il le faut, et je cÃĻde ;
Mais le cœur me saigne en partant,
Qu’un plus riche qui te possÃĻde
Soit heureux oÃđ nous l’ÃĐtions tant !
Automne 1839
Ce poème nous rappelle combien les lieux que nous aimons peuvent marquer nos vies. ‘Adieu à la Madeleine’ est une œuvre qui invite chacun à réfléchir sur le passage du temps et les souvenirs. N’hésitez pas à explorer d’autres poèmes de Casimir Delavigne pour continuer cette voyage émotionnel.

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