Le poème ‘Calcaire’ de Roger Caillois incarne la richesse de la nature et des interactions au sein de son environnement. Écrit au 20ᵉ siècle, ce texte souligne l’harmonie entre le monde minéral et le monde vivant à travers des images évocatrices. Caillois, connu pour sa sensibilité et sa réflexion sur les phénomènes naturels, nous invite ici à une exploration sensorielle qui se dévoile à chaque lecture.
Des fuseaux d’une netteté prodigieuse s’entrecroisent sur l’étendue entière du calcaire graphique. De toutes nuances, entre chamois et brique. Ils dessinent de grandes sauterelles polygonales serrées et mêlées, élytres bruyants et longues pattes égarées, la tête de l’une accrochée à l’abdomen de l’autre. Les acridiens enchevêtrés projettent comme sur un papier peint leur grouillement vorace, analogue aux boules d’ivoire japonaises qui roulent des rats ou des crabes se dévorant entre eux en une parfaite, sphérique et ignoble continuité. Ici, tout est plat, anguleux et diagonal. A travers les corps soudés des insectes, les séparant d’un trait appuyé, puis soudain les traversant d’outre en outre, courent des filaments ramifiés comme nerfs ou artérioles rigides. Les plus minces sont métallisés, les autres constitués de cristaux minuscules. Leur réseau reste mat, tant qu’il ne réfléchit pas la lumière. Mais qu’on dirige la pierre de façon qu’elle capte un rayon, voici que s’illuminent les ternes filets. Une électricité chevelue circule parmi les criquets en caque. Un fouet à multiples lanières les cingle de mèches agiles, de frissons de mercure furtif. La plaque ruisselle d’éclairs. En montagne, à la fonte des neiges, les prés sont ainsi zébrés d’eaux vives qui dévalent des poches d’ombres où les névés se sont accumulés. C’est un émoi, une fête de gouttelettes et d’écume, une course panique sans but vers le niveau le plus bas qu’un argent sauvage cherche à atteindre le plus vite, rebondissant jusqu’à s’exténuer, épongé avec peine par un sol déjà gorgé. Sur la tranche polie du calcaire, les canaux de feu étendent un peuple de radicelles que ne guette aucun épuisement prochain. Un geste les assoupit, un autre les éveille et voici leur fontaine bruire et miroiter, déverser leur ardente coulée dans les rigoles ménagées pour leur incandescence par la finesse réfractaire où elle se faufile et s’étale. Au-dessus des sillons lumineux, dans un bref canton préservé de la pluie des obliques : un disque lointain, une pastille minuscule que son éclat de plomb écorché fait reconnaître comme l’image du triste Saturne.
En conclusion, ‘Calcaire’ nous pousse à réfléchir sur l’interconnexion des formes de vie et des éléments naturels. Nous vous encourageons à découvrir d’autres œuvres de Roger Caillois et à partager vos impressions sur ce poème captivant.
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