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Causerie D’atelier

Le poème ‘Causerie D’atelier’ d’André Lemoyne, extrait de ‘Chansons des nids et des berceaux’ (1896), constitue une profonde réflexion sur la vanité de l’art et la fugacité des créations humaines. À travers un dialogue entre un peintre, un statuaire et un poète, Lemoyne explore les thèmes de la mortalité, de la gloire illusoire et de l’impact du temps sur nos œuvres d’art. Son message résonne encore aujourd’hui, nous rappelant la fragilité de la mémoire artistique.
À Georges Lafenestre.
LE PEINTRE.
À quoi donc penses-tu, mon pauvre statuaire,
D’une rêveuse main tenant ton ébauchoir ?
Reviens-tu de pétrir un masque mortuaire ?
As-tu l’esprit hanté par un papillon noir ?
LE STATUAIRE.
Il pleut. — Le ciel est gris… et dans ce jour néfaste
J’avais ouvert ma Bible et longtemps médité
Sur un des mots profonds du vieil Ecclésiaste :
« Vanité, vanité, tout n’est que vanité. »
Je pense à ceux qu’enivre un faux semblant de gloire,
Trompeuse vision, mirage décevant ;
Sous des lauriers menteurs, triomphe dérisoire,
Nuage de fumée éparse au moindre vent.
Nos belles œuvres d’art, lentement caressées,
Ce labeur patient de génie et d’amour,
Où l’on croit respirer la fleur de nos pensées,
Ne durent guère plus que les roses d’un jour.
Je vois, en temps de guerre, une tourbe vautrée
Dans l’ivresse du sang, de la poudre et du vin ;
Des goujats piétinant ma Diane éventrée
Et souillant les débris de ce marbre divin.
LE PEINTRE.
Et nous qui follement nous obstinons à peindre,
Nous verrons tôt ou tard nos toiles se flétrir
Comme on voit les couleurs du papillon s’éteindre
Quand ce beau pèlerin de l’azur doit mourir.
Ne comptons pas les nuits de guerre où de vieux reîtres,
Pour se débarrasser d’un butin encombrant,
Allument au bivouac les chefs-d’œuvre des maîtres
Et brûlent à grand feu Velasquez et Rembrandt.
Mais voici le poète à voix d’or, qui respira
Le pur encens des fleurs dans un monde enchanté.
Ecoutons gravement ce qu’il veut bien nous dire
Sur les échos lointains de la postérité.
LE POÈTE.
Je vogue en souvenir sur un fleuve aux eaux vives.
Pas très loin de la source, où les premiers courants
Offrent un clair miroir aux fleurs de ses deux rives,
Qui bercent leur image à ses flots transparents.
Mais des ruisseaux boueux, qu’il rencontre au passage,
Viennent troubler son cours, éteindre son miroir,
Et les grands arbres verts d’un si frais paysage,
En tremblant sur les bords, renoncent à s’y voir.
Alors je pense à toi, pauvre langue française :
Quand tu disparaîtras sous les nombreux afflux
De source germanique et d’origine anglaise,
Nos arrière-neveux ne te connaîtront plus.
UN PHILOSOPHE.
Pourtant consolez-vous : — Vos œuvres fortunées,
Vos poèmes d’amour, vos marbres, vos couleurs
Vous survivront encor deux ou trois cents années,
Ingrats ! — Ne rêvons pas l’éternité des fleurs.
Extrait de:
Chansons des nids et des berceaux (1896)
Ainsi, ‘Causerie D’atelier’ nous invite à méditer sur le caractère éphémère des créations humaines. N’hésitez pas à découvrir d’autres œuvres d’André Lemoyne et à partager vos réflexions sur ce poème intemporel.

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