Dans ‘La Joie Déchirante’, Jean de Bosschère nous invite à une exploration poignante des thèmes de la vie, du temps et de l’art. Écrit dans le contexte du 20ᵉ siècle, ce poème se penche sur la complexité de l’existence humaine, mêlant réflexions personnelles et universelles. Bosschère, en tant qu’artiste, questionne son rôle et sa relation avec le monde, offrant au lecteur une expérience immersive et émotionnelle.
Je n’ignorais pas qu’il n’y a que soixante ans. Pourtant, de ce collier de jours, ai-je consacré le temps de lire chaque perle, sans oublier jamais comment et pourquoi j’avais accepté ce contrat avec la vie ? Ai-je hargneusement ausculté, avec une cruauté tranchante, chaque grain de ce chapelet, qui est comme la colonne vertébrale de la pose entre le ciel et l’enfer ? J’ai passé de lents relais dans l’oubli, puis ergoté dans la temporisation, pendant que le tissu d’or, en vain, attendait chaque crépuscule ma signature, semblable au paraphe du témoin scrupuleux. Ai-je négligé la cire divine destinée aux flambeaux, pour m’artarder à la couleur des pétales qui alertent les insectes ; me suis-je étendu dans la mollesse où fléchit le dard de la pensée, quand les minutes drues ne suffisaient jamais, cependant, à lustrer le drap de la robe définitive, le linceul sévère de la présentation à la porte ? Etait-ce sagesse quand je repoussais, inachevé, le candide vase que j’enluminais ; était-ce tiédeur ou imbécillité quand, au milieu des prières, je ne couronnais pas ma pensée ? Pourtant, dans chacun de mes jours d’homme, je trouve une goutte du miel qui est le régime de l’éternité. Mais je n’étais pas l’intègre bâtisseur, le malade de Dieu jusque dans le mou de ses os. J’étais un artiste, voilà l’aveu abominable, et non pas cette petite esquille de bois qui s’offre en nourriture à l’unique feu. Mais quand je ne fus plus montreur d’ours ou de peintures, fallait-il que je devins le cuisinier de l’éloquence et de la rhétorique qui déshonorent la parole en ornant la page de fleurs et d’épices ? Le jour sacré où je sus que mon âme était soutirée comme un vin, toutes mes bouches se sont fermées. Je n’ignorais pas, mais je partageais. Maintenant j’offre, et je laisse prendre en moi par poignées, je ne goûte plus que cet arrachement, cette joie déchirante.
Ce poème résonne comme un puissant appel à l’introspection et à la compréhension des douleurs et joies de l’existence. Nous vous encourageons à plonger plus profondément dans l’œuvre de Jean de Bosschère et à partager vos impressions sur cette joyeuse mélancolie.
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