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Sirventes sur Douze Troubadours

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Dans ‘Sirventes sur Douze Troubadours’, Peire d’Auvergne nous offre un regard critique sur ses contemporains troubadours, mêlant humour et désillusion. Ce poème, écrit au Moyen Âge, met en lumière le talent et la vanité de ces artistes tout en affirmant sa propre supériorité. À travers des portraits colorés et souvent satiriques, l’auteur explore la nature de la poésie et de la performance, faisant de cette œuvre une pièce significative de la littérature médiévale.
Peirc Rogiers (c’est pour cela Que je m’en prends d’abord à lui) Chante l’amour. Il a grand tort. Bien mieux lui siérait un psautier. Un chandelier au bout du bras, Couronné d’une flamme droite. Le second, Giraut de Borneil, À la mine d’une outre flasque. Sa figure, dans un miroir, Ne vaut pas un fruit d’églantier. Ses chansons ? Chétives, minables. Des chefs-d’œuvre pour vieille au puits ! En trois, Bernard de Ventadour. Il ne vaut même pas Bomeil. Son père était un serviteur, Tireur habile à l’arc d’aubour. Sa mère ramassait le bois Et chauffait le four du château. En quatre, Lémozi de Brive, Le jongleur le plus pleurnichard Qui soit d’ici à Bénévent. Quand il chante on dirait, le pauvre. Un pèlerin si maladif Que pour un peu on le plaindrait. En cinquième, Guilhem de Ribes, Mauvais dehors comme dedans. Enroué chronique. Son chant N’est qu’un couinement inaudible. Un chien ferait mieux. Ses yeux ? Blancs, Comme on voit aux statues d’argent. Sixième : Grimoart Gausmar, Vrai chevalier, troubadour pauvre, Mauvais exemple. C’est à tort Qu’on lui offre de beaux habits. Pourquoi se vouloir chevalier? Les jeunes se feront jongleurs ! Septième : Peire de Monzon. Le comte toulousain le comble De présents. En refuse-t-il ? Jamais. Quelle grossièreté ! Qui le vola fut bien courtois De ne pas lui trancher au ras Ce qui pend au devant des hommes ! Huitième : Bemart de Saissac. Le seul métier où il excelle Est celui de pompe à cadeaux. Je l’estime moins qu’une crotte Depuis qu’à messire Bertrand Il mendia un vieux manteau. Neuvième : messire Raimbaul. Il se croit poète majeur. Moi. je l’estime sans valeur. Ses vers manquent de gaie chaleur. À tout prendre, je lui préfère Un mendiant joueur de pipeau. Le dixième est Eble de Saignes Qui demeura pauvre d’amour Bien qu’il chante coquettement. C’est un prétentieux chicaneur. On dit qu’il se loue d’un côté Et pour deux sous se vend de l’autre. Le onzième est Gossalbo Roitz. Tant il est fat et fier de lui Qu’il se prend pour un chevalier. Mais il est si mal équipé Qu’il n’a jamais battu personne. Sauf à la fuite dératée. Le douzième est un vieux Lombard Qui traite ses voisins de lâches Quand lui-même tremble de peur. Il compose des airs gaillards Sur des mots pointus et bâtards. On le nomme Joli-Bellot. Peire d’Auvergne chante bien Tant les notes hautes que basses. Ses mélodies sont de bon goût, Le meilleur troubadour, c’est lui. Sauf que ses vers sont si obscurs Qu’on a du mal à le comprendre. Fin du chant à l’outre à musique Parmi jeux et rires, à Puivert.
Ce poème, à la fois divertissant et introspectif, invite les lecteurs à réfléchir sur l’authenticité de l’art et la valeur de l’expression personnelle dans un monde souvent superficial. N’hésitez pas à explorer d’autres œuvres de Peire d’Auvergne pour découvrir son génie poétique.

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