Le poème ‘Ma Grand-Mère’ de Pierre-Jean de Béranger, écrit en 1843, invite les lecteurs à une réflexion touchante sur la vie et les souvenirs. À travers ces vers, Béranger nous entraîne dans un récit rempli de nostalgie, où une grand-mère, ivre de souvenirs, évoque ses amours perdus et le temps qui s’est écoulé. Cette œuvre incarne l’esprit du 19ᵉ siècle, tout en ouvrant la porte à des thématiques universelles telles que l’amour et le regret.
Ma grand-mère, un soir à sa fête, De vin pur ayant bu deux doigts, Nous disait en branlant la tête : Que d’amoureux j’eus autrefois ! Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu ! Quoi ! maman vous n’étiez pas sage ! — Non , vraiment ; et de mes appas Seule à quinze ans j’appris l’usage, Car la nuit je ne dormais pas. Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu ! Maman, vous aviez le cœur tendre ? — Oui, si tendre, qu’à dix-sept ans Lindor ne se fit pas attendre, Et qu’il n’attendit pas longtemps. Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu ! Maman, Lindor savait donc plaire ? — Oui, seul il me plut quatre mois ; Mais bientôt j’estimais Valère, Et fis deux heureux à la fois. Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu ! Quoi ! maman ! deux amants ensemble ! — Oui, mais chacun d’eux me trompa. Plus fine alors qu’il ne vous semble, J’épousais votre grand-papa. Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu ! Maman, que lui dit la famille ? — Rien ; mais un mari plus sensé Eût pu connaître à la coquille Que l’œuf était déjà cassé. Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu ! Maman, lui fûtes-vous fidèle ? — Oh ! sur cela je me tais bien. A moins qu’à lui Dieu ne m’appelle Mon confesseur n’en saura rien. Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu ! Bien tard, maman vous fûtes veuve — Oui ; mais, grâce à ma gaîté, Si l’église n’était plus neuve, Le saint n’en fut pas moins fêté. Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu ! Comme vous, maman, faut il faire ? — Hé, mes petits enfants, pourquoi, Quand j’ai fait comme ma grand-mère, Ne feriez-vous pas comme moi ? Combien je regrette Mon bras si dodu, Ma jambe bien faite, Et le temps perdu ! Extrait de: Toutes les chansons de Béranger (1843)
En explorant ‘Ma Grand-Mère’, les lecteurs sont encouragés à réfléchir sur leurs propres souvenirs et l’impact du temps sur leurs vies. N’hésitez pas à partager vos pensées sur ce poème ou à découvrir d’autres œuvres de Béranger pour enrichir votre expérience littéraire.
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